Avant-propos :
Le français fait partie des quelques langues " universelles ". Il se situe au 9ème rang des langues les plus utilisées. On estime à 55 pays et à un peu plus de 170 millions les francophones dans le monde, soit environ 3,5% de la population mondiale. Cette simple remarque est une autre façon de dire que pour les Français, la question de leur langue est un sujet sensible. C'est que la question de la langue est capitale dans la France contemporaine. Parce que la France est une République. C'est à dire qu'elle est un Etat qui s'est doté d'un régime dont la " chose commune " est d'abord l'objet d'une discussion. C'est parce que les Français se donnent le droit de prendre la parole pour débattre, contester, échanger qu'ils sont des citoyens, qu'ils sont républicains. C'est aussi parce que ces débats et ces controverses doivent déboucher sur le vote que la question de la langue est centrale. Aussi, cette affaire de la langue devient celle du pouvoir. Dès le XVI ème siècle, la Monarchie absolue comprend cet enjeu qui utilise le français pour accompagner sa lutte contre la féodalité et imposer son pouvoir. Le français est prescrit, stabilisé comme langue unique et centrale dès le premier tiers du 17 ème siècle (Académie française de Richelieu, 1634) ; il est dès lors la langue des élites - administratives, judiciaires, politiques - et de leur expression unique. Le " bien parler " est l'autre face du " bien penser et du " bien se conduire ". La Révolution et les régimes successifs du XIX ème siècle en ont fait un outil de construction de la Nation. En France, où l'Etat, la Nation et le Gouvernement ne font qu'un, cette question de la langue est centrale. Explicitement, la Constitution de la V ème République stipule, dans l'article 2, que la langue de la République est le français.. C'est en vertu de cet article que le Conseil Constitutionnel a invalidé les " accords de Matignon " sur la Corse, le décret permettant l'intégration dans le réseau des écoles publiques les bretonnantes Ecoles Diwan et en dernier lieu empêché la ratification de la Charte européenne sur les langues régionales et minoritaires. Cette position française n'est originale que parce ce qu'elle est théâtralisée voire dramatisée. Elle demande quelques explications complémentaires qui permettront de comprendre que chez nos voisins européens, peu ou prou, la situation est voisine, en dépit de certaines perspectives qui sont plus des illusions que des réalités susceptibles de proposer des alternatives au monolinguisme d'une langue nationale qui reste la situation commune, du moins pour l'instant. Comprendre cette situation et analyser plus finement les relations entre la langue et la citoyenneté implique de jeter un, rapide, coup d'il sur l'héritage ; dresser un état des lieux qui pointe les interrogations de l'heure et enfin d'interroger les linguistes à fin de prospectives.
Introduction :
Le statut de la langue française, et celui des " autres langues
de France " (Cerquilini) est d'une complexité qui mêle choix
politiques, contraintes territoriales et représentation sur le pouvoir
et sa langue. La figure du " souverain " est centrale. On sous-estime
toujours trop le fait que Rome et la conception impériale reste un "
modèle " jugé insurpassable, tant par les hommes qui gouvernent
que par ceux qui conseillent les gouvernants, à toutes les époques,
à commencer par le Moyen-Age. La prétendue redécouverte
des textes opérées par les Humanistes n'est en fait qu'une confirmation
et une conformation à une tendance ancienne, d'une aspiration présente
depuis 10 siècles. Ceci explique que ce qui n'était qu'un snobisme
d'une poignée d'intellectuels, l'étude des textes anciens, devient
un fait majeur de civilisation : la culture classique. En France, la question
du territoire est capitale. Ici aussi, Il ne faut pas sous - estimer la profonde
dysmorphose de ce pays, héritée de la reconstruction de l'Empire
tant par les Mérovingiens que par les Carolingiens, surtout. L'empire
de Charlemagne, c'est l'empire romain d'Occident - c'est à dire un monde
méditerranéen, bâti par Rome et parlant roman - prolongé,
par un monde germanique - c'est à dire un monde continental issu de rois
et de princes indépendants et parlant saxon - . Bref, il est la juxtaposition
de deux univers qui ne se rencontrent que marginalement dans un ensemble encore
faiblement structuré : la catholicité. C'est une des dimensions
de ce que les médiévistes appellent la " Querelle du Sacerdoce
et de l'Empire ". Le résultat pratique en est le détachement
de la partie méditerranéenne avec l'émancipation des terres
italiennes et romanes du Saint Empire et le recentrage de ce dernier sur la
" nation germanique ". C'est l'inscription prémonitoire sur
le sceau métallique de Henri II et de ses successeurs. La Renovatio imperii
Romanorum d'Othon III est remplacée par Renovatio imperii Francorum.
Or le royaume de France reproduit cette géographie, la Loire matérialisant
cette " frontière " entre latinité/romanité et
francité. Dans une certaine mesure, la répudiation d'Alienor d'Aquitaine
par son capétien de mari, Louis VII, en 1152, exprime le même échec
géopolitique. En grande partie, la très prudente incorporation
de " la pars occitania ", par les rois de " France ", après
la " croisade contre les Albigeois "(1209 - 1229), s'explique par
la volonté de ne pas répéter l'erreur impériale
et le revers aquitain voire de transcender des différences essentielles.
Le comté de Toulouse n'est réuni à la couronne qu'en 1271,
par une union personnelle, et intégré au domaine royal qu'en 14.
Néanmoins, il apparaît que les géographies contemporaines,
politique, religieuse, sociologique, et évidemment linguistique, continuent
de reproduire cette dysmorphose.
Dès lors, les représentations sur le pouvoir et sa langue deviennent ambivalentes. Il est un postulat implicite qui est la nécessité d'une langue unique parce que le pouvoir est un. Le latin a fait cet office. Le français a prétendu lui succéder et remplir lui aussi cette fonction. Sauf qu'il n'y a(vait) pas une mais des langues du pouvoir. Le provençal (voir Dante), le languedocien de Toulouse, le gascon de Bordeaux avaient tout autant vocation que le français d'Ile de France à être cette langue du pouvoir. Et ce débat, implicite, sur la dignité d'une langue à exprimer le Souverain devient explicite quand ce Souverain est le Peuple, la Nation, etc. Et toute l'ambivalence tient dans cette concurrence linguistique qui est politique. L'unification de l'Etat est dans la violence d'une conquête comme la prééminence du français est dans la marginalisation des langues régionales dont occitanes. Il y traîne un soupçon d'illégitimité. Aussi, aborder ce statut de la langue française et des autres langues de France consiste à traiter un dossier qui prennent en compte la situation héritée pour expliciter un état des lieux que d'aucuns caractérisent par une " crise de la langue française " afin de suivre les regards des linguistes et ..des politiques.
Une situation héritée
Cet héritage renvoie à trois situations qui ont des pondérations
variables selon les sensibilités politiques mais apparaissent toujours
plus ou moins explicitement. C'est la position du français au XVIII ème
siècle comme langue " des Lumières ", comme langue universelle.
La chancellerie pontificale garde le souvenir de cette situation avec le statut
du français comme langue diplomatique, de même que L'ONU et ses
organes spécialisés, le Conseil de l'Europe et l'Union Européenne
qui en font une de leur langue officielle. Pour mémoire, le français
est la langue exclusive des traités de Versailles, en 1919. C'est encore
et c'est surtout pour certains la Révolution de 1789 qui voit dans le
français tout à la fois la langue de la " Grande Nation "
et la langue de la liberté, de l'émancipation de l'Ancien Régime
et de la Nation souveraine. La réaction parle le bas - breton (Abbé
Grégoire, Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir
les patois et d'universaliser l'usage de la langue française) ;
la République une et indivisible ne peut connaître qu'une langue
nationale même si Napoléon assure
qu'importe si un Alsacien parle Allemand pourvu qu'il sabre comme un Français
Bertrand Barère (1755 - 1841), membre du Comité de Salut Public,
déclencha l'offensive en faveur de l'existence d'une langue nationale.
La monarchie avait des raisons de ressembler à la tour de Babel ; dans
la démocratie, laisser les citoyens ignorants de la langue nationale,
incapable de contrôler le pouvoir, c'est trahir la patrie
Chez un
peuple libre, la langue doit être une et la même pour tous . Le
décret du 2 Thermidor (20 juillet 1794) sanctionne la " terreur
linguistique ". A partir de ce moment, les patois locaux sont pourchassés.
Cette traque cesse avec la fin de la Révolution. C'est enfin le rôle
de l'Etat - Nation et la centralisation qui, tout au long du XIX ème
et du XX ème siècle assure le monopole de la langue française
en l'érigeant comme la seule langue enseignable à l'Ecole car
la fonction de l'Ecole française est d'instituer le citoyen français
c'est à dire aussi sinon d'abord un locuteur en français.
Cet héritage est régulièrement rappelé, tant
le destin de la langue française permet une certaine compréhension
de la particularité de l'histoire politique et culturelle de la France.
Et surtout, le rappel de ce certain rapport à la langue est le fait des
politiques et des hommes du pouvoir. Il exprime leur volonté de construire
un Etat et une nation unifiés, complément de la centralisation
administrative. Ce qui trancherait avec l'Italie et l'Allemagne où l'unité
linguistique et culturelle est plutôt la volonté des hommes de
lettres et de poètes comme Dante, Pétrarque et Boccace qui font
le choix du toscan de Florence tandis Luther adopte le franconien - haut saxon.
Autrement dit, dans le cas de ces pays, l'unité politique était
encore dans les limbes alors qu'une unité linguistique était en
cours de réalisation. Les conséquences sont multiples et perdurent
encore. En premier lieu, c'est le monopole de droit et de fait donné
à la langue française sur les autres langues de France. Cette
situation de monopole s'est faite progressivement (environ 10 siècles)
par un double mouvement. D'une part, on assiste à une autonomisation
de la langue française par rapport aux autres langues vernaculaires (Breton,
Provençal, Gascon, etc.) et aux autres dialectes d'oïl (Picard,
Normand, Gallo, Poitevin, Bourguignon, Morvandiau, etc. ) et d'autre part à
son instrumentalisation à la fois par l'administration - c'est l'édit
de Villers -Cotteret de 1539
afin qu'il n'y ait cause de douter sur l'intelligence des arrêts de nos
cours souveraines, nous voulons et ordonnons qu'ils soient faits et écrits
si clairement qu'il n'y ait ni puisse avoir ambiguïté ou incertitude,
ni lieu à demander interprétation. Nous voulons donc que tous
arrêts et toutes autres procédures soient prononcés, enregistrés
et délivrés aux parties en langage maternel français et
non autrement. On peut encore rappeler la fondation de l'Académie française
en 1634. Le premier dictionnaire de l'Académie est de 1694 quasi contemporain
des premières grammaires.
La langue française est aussi instrumentalisée par les élites culturelles. C'est la Défense et illustration de la langue française de Joachin du Bellay 1549, et aussi la Précellence du langage français, H. Estienne, 1579, les Recherches de la France, E. Pasquier, 1560 - 1621, et l'édition de dictionnaires (R. Estienne, 1552 et J. Nicot, 1606), et de grammaires (Grammaire générale et raisonnée dite de Port - Royal, 1660) qui prétendent dire tout ensemble la bonne langue et son bon usage. Il s'en est suivi une marginalisation de la production littéraire non francophone. Sous cet angle sont révélatrices les réactions à l' uvre " critique " de François de Malherbe, mort en 1628 qui font écrire à Boileau dans son Art poétique : enfin Malherbe vint, et, le premier en France, /Fit sentir dans les vers une juste cadence, /D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir, / Et réduisit la muse aux règle du devoir. I, 131-134. Ce n'était pas encore le point de vue de Michel de Montaigne, de la génération précédente et que le gascon y arrive, si le français n'y peut aller, Essais, I, 26. Au XIXème siècle, des voix nationalistes s'élèvent de plus en plus fortes pour exalter la grandeur de la France et de sa langue. Guizot est une de celle là, quand il affirmer, sans sourciller, que la civilisation française est la plus complète et celle qui représente le plus fidèlement la civilisation générale (Guizot, histoire de la civilisation). Cependant que Désiré Nisard, aussi péremptoirement assurait que, certes, les qualités fondamentales de notre langue n'ont pas été refusées aux autres langues modernes ; on les y reconnaît dans les bons auteurs, et elles y sont appréciées par le public. Mais elles sont, pour ainsi dire, au hasard du génie, et quiconque les voudrait imposer comme des conditions ne serait pas souffert. Ce qui est pour la France comme une sorte de constitution, écrite dans des grammaires et des vocabulaires officiels, consacrés, et, si le temps n'avait pas tout relâché, défendus par des corps institués pour cet objet, est chez les autres nations une faculté individuelle qui n'est réglée que par le succès. Là tout est en faveur de l'écrivain, et, plutôt que de gêner sa liberté, ces langues se condamnent à être éternellement flottantes et à s'accroître à l'infini. On ne distingue pas par la langue les méchants écrivains des bons, et parmi ceux qui sont jugés les meilleurs, on n'en choisit pas dont la langue doive faire autorité (Histoire de la littérature française, 1861) .
Dès lors, dans les écoles, l'étude du français s'impose
sans discussion possible. Le Dictionnaire de Pédagogie note : on peut
dire sans exagération de la langue maternelle qu'elle est le fond même
de l'enseignement de l'école primaire. Elle domine et pénètre
toutes les autres études ; elle fournit par son seul objet le moyen pour
chaque individu d'affirmer, de développer, de perfectionner sa personnalité.
Grâce à la connaissance élémentaire, mais précise,
qu'il en emporte en sortant de l'école primaire, l'élève
est à même de comprendre et de goûter toutes les belles uvres
de notre patrimoine littéraire ; il devient apte à suivre et à
noter les progrès de l'esprit humain ; il peut au contact des bons écrivains,
former son jugement, affiner son goût, trouver mille moyens d'orner son
esprit, d'affermir sa volonté, de rectifier son caractère, d'accroître
son sens moral. L'apprentissage de la langue française et d'elle seule
n'est admissible dans les écoles de France. Le Dictionnaire ne connaît
ni les " patois ", ni le Breton, ni le Basque, ni l'Alsacien ni quelques
" langues régionales " que se soit. En revanche, les autorités
académiques multiplient les interventions, directives et conférences
pédagogiques pour convaincre les maîtres de la nécessité
de faire abandonner l'usage du " patois " par leurs élèves.
Mais, a-t-on dit, le patois est le costume local du langage, comme tel vêtement
est le signe distinctif des habitants de telle province. N'est - ce pas dommageable
d'y toucher ? La question paraît controversable
Pour se familiariser
avec une langue, il faut la pratiquer le plus possible. C'est un axiome. Pour
que les enfants de la campagne se familiarisent avec le français, il
faut donc qu'ils le parlent beaucoup, et par conséquent peu ou mieux
point le patois. (Travaux d'instituteurs français recueillis à
l'exposition universelle de Paris, 1878)
Les manuels scolaires dont ceux de géographie ne manquent pas de rappeler les élèves au devoir d'assurer la promotion de la langue française, en raison d'un certain passé, d'un caractère particulier d'élégance et de leur intérêt bien compris. Assurer l'expansion du français c'est aussi développer l'influence économique de la France et donc la prospérité de chacun. Si le français reste la langue préférée par la diplomatie et par la haute société de tous les pays civilisés, il n'est parlé que par environ 60 millions d'hommes. (la trentième partie de l'humanité). C'est un devoir pour tout Français de seconder les efforts entrepris en vue de propager notre langue à l'étranger. Le rôle d'un pays dans le monde augmente quand augmente le nombre des hommes qui parlent sa langue. (H. Busson et alii, géographie générale, 1927). Par de multiples souvenirs, nous connaissons les brimades et les sanctions prises contre les élèves rétifs à la pratique du français. Dans les travaux d'instituteurs français, présentés en 1878 on peut lire ces exemples donnés en exemples : avant l'annexion de l'Alsace à l'Allemagne, la langue populaire était l'allemand quoique le cur fût très français ; Il était admis, dans beaucoup d'écoles qu'un élève payât une amende de cinq centimes chaque fois qu'il prononçait un mot d'allemand en classe, et cette amende était versée dans une caisse de l'école. Tous les ans, le montant de ce petit tribut était employé à couvrir les frais d'une promenade sous la direction de l'instituteur. Dans quelques autres établissements scolaires, chaque élève qui violait cette règle rendait un bon point.
Dans d'autres, enfin, l'instituteur cherchait à répandre l'usage
de la langue française à l'exclusion de tout idiome, par son influence
sur les enfants et sur les parents. Ces trois moyens me semblent bons et pourraient
être employés simultanément, tout au moins les deux derniers
(p.
84 - 85). Le résultat de ce faisceau de circonstances et de ces politiques
plus ou moins ouvertement monolingues est, à la fois l'enracinement de
la langue française dans des couches sans cesse élargies de la
population et l'échec des diverses tentatives de renaissance des langues
régionales ( mouvement félibrige pour " l'Occitanie ",
Feiz ha Breiz et Breiz Atao pour le Breton.) Paradoxalement, c'est, en partie,
dans la mouvance des idéologies anti - républicaines ou, à
tout le moins, conservatrices que ces revendications régionalistes (le
mot date de la seconde moitié du XIX ème siècle - Littré
l'identifie en 1875 -), voire autonomistes (Littré : 1870) vont chercher
à s'exprimer. C'est ainsi que quelques associations et groupes revendiquant
l'autonomie régionales ont accepté de soutenir le réactionnaire
Etat français du Maréchal Pétain ou, pire, ont accepté
de collaborer avec l'occupant allemand dans les sombres années 1940 -
1945. Ces courants s'affirment plus ou moins explicitement comme une réaction
à la centralisation de l'Etat ressentie comme destruction de leur identité
et l'instrument de leur aliénation culturelle, mais aussi économique
et politique. En 1951, les promoteurs de la loi Deixonne qui offre, pour la
première fois, la possibilité d'un enseignement des langues et
dialectes locaux se sentent obliger de mettre en avant l'attitude patriotique
des Bretons et l'injustice à faire supporter à une majorité
les choix d'une minorité : il serait vain et injuste de priver un peuple
entier de l'enseignement de sa langue, à condition que le primat du français
soit préservé en vue de l'unité nationale. L'échec
de l'entreprise séparatiste allemande mûrement et savamment préparée
est là pour prouver qu'un autonomisme n'est point à craindre dans
la patriotique Armorique, qui a fourni à la France libre pendant la guerre
les meilleures de ses recrues et qui fut un réduit de la Résistance.
Seules des situations historiques et géographiques particulières ont maintenu vivaces l'Alsacien et le Mosellan (Reichland de 1871 à 1914 puis de 1940 à 1945), le Corse et le Basque de même que l'exode rural qui ne modifie pas, linguistiquement et culturellement la situation locale ainsi que l'extrême éloignement du " cur français " et de Paris. Pour l'anecdote, mais elle est significative, les premiers émetteurs régionaux de la Radio Télévision française ouverts en " province " l'ont été à Nice et Strasbourg. L'argument officiel pour expliquer ce choix a été la " défense et la promotion du français " sur les frontières de la République. En Alsace, au lendemain de la Libération, des affiches placardées un peu partout assuraient qu'il était chic de parler français ! Les hécatombes de la " Grande Guerre " (1914- 1918), plus de 1 300 000 morts dont pratiquement 1 000 000 de tués pour les seules Occitanie et Bretagne ont singulièrement accéléré le mouvement de francisation des provinces allophones. Dans le cas de " l'Occitanie ", en raison de comportements démographiques spécifiques (" l'enfant unique "), on peut légitimement considérer, que ses langues sont mortes à Verdun, sur la Somme, au Chemin des Dames, plutôt que tuées par les maîtres d'école, comme se complaisent à le dire certains " occitanistes ". Cette situation met en lumière le statut idéologique et politique de la langue française. La langue française est définie comme la langue maternelle du Français. Celui ci a le devoir de l'apprendre. Et l'école a celui de la lui enseigner. Et l'Etat doit donner les moyens à l'un et à l'autre d'accéder à cette connaissance : celui qui ne comprend pas la langue de son pays, celui qui ne sait pas la parler avec aisance et correctement est, pour ainsi dire, un étranger dans sa patrie ; il y est dépaysé (Conférences pédagogiques, 1878, p. 53).
C'est que le citoyen français est aussi défini par sa maîtrise
de la langue française dont il a assimilé toutes les subtilités.
L'école joue ici un rôle central par l'importance qu'elle accorde
à des exercices comme la " dictée " et " l'analyse
logique ", l'importance donnée à des pratiques d'écriture
telles que la " rédaction " à l'école primaire
( " la Communale ") et la " dissertation " au lycée,
l'importance accordée, enfin, à la maîtrise des auteurs
" classiques " (= qui s'enseigne en classe) de la Chanson de Roland
, F. Villon (la ballade des pendus) et les fabliaux jusqu'à Victor Hugo
(dont on fête, avec une solennité certaine le bicentenaire de la
naissance), en passant par les poètes de La Pléiade (et en particulier
Ronsard et du Bellay), et les auteurs classiques du Grand Siècle (Molière,
La Fontaine, Corneille, Racine, Boileau, Montaigne/Pascal) et les philosophes
des Lumières (Montesquieu, Rousseau et Voltaire). On peut ajouter que
les idées, opinions et programmes des mouvements syndicaux et des partis
politiques, singulièrement de gauche voire d'extrême gauche ne
sont accessibles qu'à ceux qui dominent cette langue et la possèdent
parfaitement. Parmi les autres conséquences de cet état de fait,
on peut relever la situation des langues régionales réduites à
l'état de dialectes et de patois. Elles ne se voient plus reconnaître
de place dans l'espace linguistique de la nation, sauf comme aspect d'un folklore
(cf Pagnol dans sa trilogie Topaze, Marius, Fanny) ou de spécification
régionale (J. de Pesquidoux et le livre de raison pour l'aire gasconne,
J. Giono, première manière, pour l'aire provençale, etc.).
La publicité use de cette réduction en l'accentuant quand elle
donne " un accent " à des produits voulus " régionaux
". Comme si " le parisien " n'est pas un accent
les langues
étrangères sont, de fait, tenues en lisières. Elles n'intéressent
que comme exercice intellectuel (la grammaire allemande en substitut du latin
pour la sélection de l'élite) ou pour leur dimension culturelle
(Goethe, Dante, Shakespeare, Cervantès), etc. La prétendue incapacité
des Français à apprendre les langues des autres est souvent justifiée
par des arguments phonologiques (structures du spectre auditif particulier induit
par la sonorité du français, etc.) là où il faudrait
plutôt voir un implicite du pouvoir soucieux de maintenir son emprise
que de favoriser l'ouverture et donc la contestation
Les locuteurs étrangers
sont invités à maîtriser le plus rapidement la langue française,
au prix, s'il le faut, d'un " oubli " de leur langue maternelle. C'est
l'option assimilationniste qui domine. Enfin, les autres codes linguistiques
sont considérés comme " anormaux ". Le braille, par
exemple, et " la langue des signes ", n'ont été officiellement
intégrés aux stratégies d'enseignement des sourds-muets
qu'en
1982 ! Bref, la maîtrise de la langue française constitue
le premier facteur d'intégration dans la société française
et le premier moyen de développer une culture et une identité
communes. A ce titre elle doit rester la langue d'immersion enseignée
par le service public de l'éducation.
Etat des lieux actuels : " crise " de la langue française.
Cette position dominante voulue pour la langue française est contestée
sous une triple influence.
la redécouverte par les Français de leurs racines. Sous cet angle
les succès de librairie de livres comme le Cheval d'orgueil du Breton
Pierre - Jakez Hélias (1975), de Montaillou, un village occitan d'E.
Le Roy Ladurie (1975, également) sont révélateurs de cette
nouvelle attitude des Français . Des manuels scolaires de géographie
signalent ce fait à leurs jeunes lecteurs. Depuis quelques années,
[1979] les mouvements régionalistes se développent et certaines
langues régionales sont de nouveau parlées et enseignées
comme le corse, le basque ou le breton. Les multiples courants " post -
68 " se retrouvent dans divers conflits sociaux comme les luttes contre
l'extension du camp militaire du Larzac (" volem viure al païs "),
contre la construction du " Canal à grand gabarie " entre Mulhouse
et Belfort (" kein grosse Kanal "), etc. qui ont aussi pour dimension
un refus de la centralisation, une contestation de l'hégémonie
parisienne, une remise en cause de " Paris et du désert français
" et du mépris de " la province ". Un effort de (ré)appropriation
des langues régionales se dessine - t - il qui réactive un processus
initié dans l'immédiat après guerre. Les étapes
en sont :
· les lois et décrets des années 50 sur " l'enseignement
des langues et des dialectes régionaux " (loi dite Deixonne 1951,
politique éducative d' André Marie qui autorise des échanges
d'institutrices dans le cadre de jumelages de villes pour des expériences
d'éducation bilingue, 1952),
· les lois et décrets sur la " région " dans
les années 70 et 80,
· les lois et décrets sur " enseignement précoce des
langues étrangères " dans les années 90.
Un nouveau regard porté sur l'immigration étrangère.
On passe progressivement d'une politique pure et simple d'assimilation à
des politiques d'intégration. La France, dans un premier temps, en raison
d'une certaine structure démographique (très fort vieillissement
de la population, en particulier après la 1ère Guerre Mondiale,
avec un début de dépopulation absolue dès le milieu des
années 30), puis après la 2ème Guerre Mondiale, pour faire
face aux besoins de la reconstruction puis du développement économique
est un pays d'immigration. On estime, aujourd'hui, qu'un quart des Français
ont, au moins un ascendant d'origine étrangère, sur les trois
générations qui l'ont précédé. Ce qui se
traduit par la création des Enseignants de langue et culture d'origine
(E.L.C.O.) début des années 70 (Portugal 1973 ; Italie, Tunisie
1974 ; Espagne, Maroc 1975 ; etc.). Leur recrutement est consécutif à
une forte reprise de l'immigration liée à la mise en place d'une
politique dite du " regroupement familial " permettant aux épouses
et aux enfants de rejoindre les chefs de famille installés en France.
Ce sont des enseignants titulaires de l'enseignement élémentaire
ou secondaire dans leurs pays d'origine (Maroc, Portugal, Turquie, Algérie
et Tunisie). Placés en situation de détachement administratif,
ils sont rémunérés par les services consulaires de leurs
pays. Dès leur arrivée en France, ils sont sous la responsabilité
des inspecteurs d'académie.
L'objectif essentiel de cet enseignement est d'atténuer la marginalisation
éventuelle des enfants de migrants (primo-arrivants et de deuxième
ou troisième génération), en leur permettant d'acquérir
les rudiments de leur langue et de leur culture d'origine. Dans cet enseignement,
les élèves sont censés acquérir des bases dans leur
langue d'origine, mais surtout une très large part doit être consacrée
à une information sur leur culture et à une comparaison avec celle
du pays d'accueil. Dans tous les cas, ces cours dispensés en école,
en collège ou en lycée professionnel restent ouverts à
tous les élèves sans distinction d'origine. Le recrutement des
élèves se pratique sur la base du volontariat des familles qui
doivent renvoyer au chef d'établissement une demande de participation
aux cours.
Ils dispensent leur enseignement de deux manières : en cours intégrés
dans l'horaire scolaire de l'élève. Cette solution offre le double
avantage d'une collaboration étroite avec les enseignants titulaires
des classes d'où sont issus les élèves et de la participation
d'un plus grand nombre d'élèves de toutes origines. Ils peuvent
aussi le faire en cours différés, sur des plages horaires hors
temps scolaire (lors de la coupure du midi, le soir, les mercredi ou samedi).
Cette possibilité présente l'inconvénient de restreindre
la présence d'élèves autres que ceux de la nationalité
ciblée.
L'ouverture des Centres de Formation et d'Information pour la Scolarisation
de l'Enfance Migrante(CEFISEM) à partir de 1976. les missions des CEFISEM
ont été rappelées par la circulaire d'octobre 1990. Elles
doivent s'inscrire dans une dimension interculturelle. Les CEFISEM ont pour
objectif d'élaborer des stratégies éducatives prenant en
compte la diversité des publics ( enfants de migrants, enfants des quartiers
défavorisés et enfants du voyage) et l'ouverture culturelle à
l'école. Les actions d'information et de formation privilégient
:
* l'accueil des jeunes non-francophones (médiation, interprétariat,
orientation) ;
* le français langue seconde, la culture et la langue des apprentissages
scolaires ;
* l'ouverture sur le monde et la diversité des cultures pour le développement
de l'esprit critique, du respect;
* l'intégration scolaire des élèves étrangers ou
d'origine étrangère et d'autres élèves connaissant
des difficultés scolaires d'origine socioculturelle;
* les relations fonctionnelles entre école et partenaires (en particulier,
dispositifs d'accompagnement scolaire) ;
* l'éducation à la citoyenneté et les connaissances juridiques
liées à l'immigration.
* la promotion du Français langue seconde/langue étrangère
(FLE)
Dès lors c'est une véritable politique d'accueil de celui
qui a été autorisé à résider en France qui
est mise en place dont les grandes lignes ont été rappelées
lors d'une communication faite en Conseil des ministres le 21 octobre 1998 :
accueillir c'est préparer
la venue de celui qui va arriver plus
tard dans le cadre du regroupement familial, par exemple. C'est aussi, pour
celui qui représente le pays d'accueil, expliquer les droits et les devoirs,
les règles de vie commune. C'est enfin se préoccuper des besoins
du nouvel arrivant de façon à faciliter son installation
Sur le plan scolaire, depuis 1973, des classes d'accueil (=CLA) sont mises en
place dans les Collèges avec des modes de fonctionnement variés
: horaires renforcés en français, les autres disciplines étant
enseignées par différents professeurs du collège ; module
de français langue étrangère ; classe ouverte avec intégration
progressive dans les autres classes en cours d'année ; classes fermées
; période intensive de français en début d'année
et intégration ensuite. Aujourd'hui, il existe deux types de structures.
Les Cours de Rattrapage Intégrés (=CRI) s'adressent, quelques
heures par semaine, à de petits groupes d'enfants scolarisés dans
les classes ordinaires. Les Classes d'Initiation (=CLIN) regroupent des élèves,
en nombre restreint, pour leur dispenser un enseignement spécifique.
Leur rôle est de conduire, au plus tôt, les enfants qui les fréquentent
à une intégration complète dans les classes ordinaires.
L'objectif y est leur admission définitive, au bout d'un an ou deux.
Le bilan de cette action est encore difficile à tirer. En partie, parce
que cette population de primo - arrivants a évolué. Aujourd'hui,
c'est d'Asie et d'Afrique sub-saharienne que viennent principalement les immigrants.
Ensuite, les événements de politique internationale influent sur
le comportement des familles, des élèves, en particulier en ce
qui concerne leur vision d'un avenir possible en France, de leur souhait d'intégrer
la communauté nationale française, etc. Ces questions valent surtout
pour les Africains du Nord.
Enfin, il y a le contre coup de l'intégration du territoire français
dans des espaces plus larges : l'Europe, le Monde. La France, 4ème puissance
économique mondiale en est aussi le 4ème commerçant d'où
une perception nouvelle des langues autres que le français, avec d'ailleurs
des effets différents s'il s'agit de l'anglais ou d'une autre langue.
On constate que les autres langues sont encouragées. L'allemand, l'italien,
l'espagnol, sont volontiers proposés aux élèves. Leurs
Instituts ( Goethe, Dante Alighieri, Cervantès,
) sont vus très
favorablement et font l'objet d'une fréquentation assidue de tout un
public français (élèves du secondaire, étudiants,
adultes pour des raisons professionnelles surtout mais aussi culturelles). L'anglais
a une position ambivalente. C'est la langue plébiscitée par les
parents. En 1989, une initiation aux langues étrangères est introduite,
à titre expérimental dans des classes de fin de cycle III (= Cours
Moyen). En 1995, Le Nouveau Contrat pour l'Ecole généralise cet
enseignement et ouvre l'initiation aux élèves du début
du cycle III (= Cours élémentaire). En 1998/1999, des six langues
proposées aux familles, l'anglais est plébiscité à
81%. Au Collège (= " l'école moyenne "), l'anglais est
appris par 89, 9% des élèves de l'enseignements public et par
92, 9% par ceux de l'enseignement privé. L'espagnol s'impose comme la
principale langue vivante 2 (=L.V.2) et l'italien comme la langue vivante 3
(=L.V.3). La langue allemande est de moins en moins étudiée, en
dépit de tous les efforts des gouvernements français et allemand.
Aussi, l'anglais est la langue qui suscite le plus de prévention de l'Etat,
et des " intellectuels engagés ". Elle est la langue qui brigue,
avec succès, le statut de lingua franca que le français occupait
il y a encore un siècle que des politiques et une frange non négligeable
de la population souhaitent voir recouvrer.
Quant à la place du français dans l'Union européenne,
c'est évidemment l'une de nos préoccupations
Il est exact
que si le français a le statut de langue officielle dans les instances
européennes, il recule cependant au profit de l'anglais
le recul
du français comme langue de conception et de travail est particulièrement
sensible depuis l'adhésion des pays du Nord, en 1995, et qu'il a été
amplifié par la succession, en 1998 et 1999, de présidence anglophones.
Nous observons ainsi que la Commission, dans ses relations avec les pays tiers
et parfois même avec les pays francophones d'Afrique et du Bassin méditerranéen,
recourt trop systématiquement à l'anglais. Il nous faut évidemment
réagir
Aussi, les pouvoirs publics multiplient les textes officiels
visant, à travers la promotion et le soutien à la langue française,
à la protéger de l'anglais (de l'américain ?). Ce sont
la création des premiers organismes de promotion de la langue et culture
françaises, dans les années 60. C'est la naissance de la "
Francophonie " à l'initiative du président sénégalais
Léopold Sédar Senghor, du président tunisien Habib Bourguiba,
du prince Sihanouk du Cambodge, d'Hamani Diori du Niger, de Charles Hébou
du Liban. C'est le Commissariat général et le Comité Consultatif
de la Langue française (1966). Elles visent à conforter la vieille
Alliance française, aujourd'hui, présente dans 133 pays et fréquentée
par plus de 360 000 étudiants.
Ce sont encore les décrets pris pendant les années 70. En 1972,
c'est celui sur la " francisation " des mots techniques et scientifiques
d'emprunt. Ce sont les lois Bas Auriol de décembre 1975 sur l'emploi
obligatoire du français dans les échanges commerciaux, les contrats
de travail et la publicité dès lors que ces activités ont
pour cadre le territoire français. Enfin, ce sont les textes de 1976
relatif à l'emploi de la langue française dans le service public
d'enseignement et de recherche
Ce sont enfin les lois et décrets des années 90 depuis la
loi Toubon de 1994 (qui impose des sanctions financières aux contrevenants
à la loi). Cette loi rappelle que la langue de la République,
en vertu de la Constitution, la langue française est un élément
fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France (alinéa
1) ; elle est la langue de l'enseignement, du travail, des échanges et
des services publics (alinéa 2) ; elle est le lien privilégié
des Etats constituant la communauté de la francophonie (alinéa
3).
La France est un pays à une seule langue officielle.
En parallèle, diverses organisations sont remaniées ou crées
pour veiller à la bonne santé du français. C'est le Conseil
supérieur de la langue française, et la Délégation
Générale à la Langue française mis en place par
le décret du 2 juin 1989 pour succéder au Commissariat général
et au Comité consultatif de la Langue Française qui dataient de
1966. Le Conseil supérieur, est rattaché au Premier ministre à
qui il doit donner son avis en ce qui concerne l'usage, l'aménagement,
l'enrichissement, la promotion et la diffusion de la langue française
en France et hors de France et en ce qui concerne la politique à l'égard
des langues étrangères. Il peut également conseiller les
ministres chargés de la langue française et de l'éducation
nationale. Bref, il s'occupe du statut de la langue française. La Délégation
est chargée de le corpus de la langue. Elle est mise à la disposition
du ministre de la culture et de la francophonie, qui exerce, par délégation
du Premier ministre, les attributions relatives à l'usage et à
l'enrichissement de la langue française.
Elle doit aussi coordonner tous les organismes qui s'occupent de l'emploi et la promotion du français. C'est un rôle administratif de coordination de tous les organismes qui s'occupent de l'emploi et de la promotion du français. Elle veille, en particulier, à l'application de la loi 94 - 665 du 4 août 1994 dite loi Toubon. Une fois par an , la Délégation doit rendre au Parlement un rapport qui rend compte de son interprétation et de son application.
Regards de linguistes et de politiques
Plus profondément, le rapport de la langue française aux autres
langues, qu'elles soient " régionales ou minoritaires " ou
" étrangères ", tient à la perception même
que l'on se fait de la vigueur de la langue elle - même. Le texte de Présentation
générale de la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi
de la langue française a cette phrase qui traduit, implicitement, une
inquiétude sur le devenir du français : [la loi] porte sur la
présence du français et non sur son contenu. Elle marque la volonté
de maintenir le français comme élément de cohésion
sociale et moyen de communication internationale, dans une France qui se veut
ouverte sur l'extérieur et partie prenante de la mondialisation des échanges.
Selon un sondage d'opinion réalisé en mai 1994, les Français
partagent largement le point de vue des promoteurs de la loi dite Toubon. Ils
sont 65% à se déclarer favorable à l'idée d'une
politique volontariste de défense de la langue, 70% à se dire
fier de l'existence de la francophonie et enfin 78% à préférer
le plurilinguisme en Europe au tout anglais. En 1997, au Sénat, un parlementaire
rappelait que dès 1981, le président Mitterrand avait affirmé
à Lorient, son désir de voir les langues et cultures régionales
dotées d'un statut. Plus récemment, en 1996, le président
Chirac s'est déclaré, quant à lui, favorable à la
ratification de la charte par la France, en affirmant que les langues régionales
n'étaient pas une menace pour l'identité nationale et qu 'elles
constituaient, au contraire, un moyen de résistance face au risque d'uniformisation
américaine .
C'est qu'un courant important existe pour dénoncer une " crise " de l'enseignement du français " standard ". L'estimation de 10% d'illettrés est généralement admise. Même si certains pensent que c'est là un effet de résistance au clivage qu'imposent les institutions administratives et scolaires entre le français vernaculaire pratiqué en situation ordinaire et le français officiel, jugé artificiel et désincarné, l'inquiétude est là qui pousse les autorités à demander aux enseignants de considérer comme prioritaire l'apprentissage et le perfectionnement de la langue nationale. Ceci se traduit par une réorientation des politiques scolaires. La loi de 1994 a pour premier effet de modifier la loi d'orientation du 10 juillet 1989 sur l'éducation pour souligner que la maîtrise de la langue française et la connaissance de deux autres langues font partie des objectifs fondamentaux de l'enseignement. Cette priorité est réaffirmée par les Instructions Officielles du 14 février 2002, qui plus que jamais insiste sur la mission fondamentale de l'école de faire apprendre le français, mais sans omettre une première initiation à une langue étrangère ou régionale. Il est vrai que l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, par sa recommandation 1383 de septembre 1998 encourageait les Etats membres à favoriser la diversification linguistique.
Et cette même inquiétude dénonce des prononciations de moins
en moins correctes (abus de liaisons fautives, géminations inutiles,
etc.), une morphologie qui tend à la simplification, une syntaxe de plus
en plus rudimentaire, qui emprunte à la publicité et à
la langue de la rue, un lexique de plus en plus nourrit d'anglicisme et d'américanisme
et de sigles, etc. Il y a le sentiment dominant d'une fragilité de la
langue française, un risque considéré comme réel
de la voir devenir une langue marginale, sinon morte. Le professeur Claude Hagège,
titulaire de la chaire de théorie linguistique au Collège de France,
dénonce le risque de provincialisation qui menace la langue française,
mais aussi les principales langues européennes, dont l'allemand et l'italien.
D'où la nécessité de la protéger et de la défendre,
en ne l'affaiblissant pas de l'intérieur et en faisant sa promotion à
l'extérieur. C'est un des autres arguments qui a contribué au
refus d'intégration des écoles bretonne Diwan.
En tant qu'élu de la nation, je pense que la promotion des langues régionales
est un objectif nécessaire qui ne doit cependant pas occulter la nécessité
de maintenir la langue française comme langue de la République
unie dans sa diversité. Le français, lui aussi doit être
soutenu et défendu face à la déferlante anglo-saxonne.
Monsieur le ministre, c'est avec passion que vous avez dépeint, tout
à l'heure, cet apprentissage de la langue française à partir
de la maternelle. Mais l'immersion totale permet-elle d'assurer l'avenir du
français ?J'entends bien les explications sur les qualités de
cet enseignement qui permettrait de favoriser le bilinguisme, mais je reste
circonspect. On peut craindre, en effet qu'à l'instar de ce qui se passe
dans certains pays européens l'anglais ne s'impose, dans un contexte
de développement des langues régionales cantonnées dans
un rôle secondaire face à la domination de la langue de Shakespeare.
Verra - t - on, à terme, un bilinguisme s'imposer dans notre pays, mais
sans le français ?
Ceci explique la révision constitutionnelle adoptée le 24 juin
1992, laquelle dans son article 2 précise que"la langue de la République
est le français" et les diverses prises de positions du Conseil
d'Etat qui, toutes, vont dans le sens d'une condamnation de l'usage administratif
des " langues régionales ou minoritaires " comme en témoigne,
par exemple l'avis du 24 septembre 1996 qui confirme une hostilité de
principe aux langues régionales. Le Conseil a déjà eu l'occasion
d'affirmer qu'une requête rédigée en langue régionale
était non pas simplement soumise à régularisation par la
production d'une traduction mais "inexistante", donc non régularisable
(C.E. 22 novembre 1985 Quillevere, n° 65 105) ou que le simple fait qu'une
adresse soit libellée en breton justifiait à lui seul le refus
de l'administration des postes de distribuer le pli. (C.E. 15 avril 1992 Le
Digou, 1992 p. 517, note R. Debbasch). Le refus d'intégration des écoles
en langue bretonne Diwan dans le service public d'éducation est la plus
récente manifestation de cette opposition à la reconnaissance
des langues régionales.
On comprend l'opposition du Conseil Constitutionnel, en 1999, à toute
ratification de la Charte européenne des langues régionales ou
minoritaires, en dépit de la prudence des propositions comme le soulignent
les professeurs Carcassonne (Rapport au Premier ministre ) et Cerquiglini (les
langues de la France) mais à la suite d'une campagne presse très
active d'opposants résolusà défendre l'unité menacée
de la République et contre la balkanisation du territoire. (la Raison).
Paradoxalement, en proposant l'option du trilinguisme (juillet 1998), le Président
de la République française , se place , en fait, dans une perspective
de défense du français. Car c'est une invitation à ne pas
considérer que " hors de l'anglais, point de salut ". Le bilan
est qu'aujourd'hui le français monolingue progresse encore, que les langues
" régionales et minoritaires " le sont encore un peu plus.
Le flamand de la région lilloise peut être considéré
comme défunt, les langues occitanes sont à l'agonie et le péril
est grand pour les autres. C'est à savoir l'alsacien, le breton et le
basque . L'Institut National des Etudes Démographiques (INED) publie
une nouvelle étude qui rend compte de ces progrès du monolinguisme
français. L'héritage linguistique de l'enfance n'est transmis
à la génération suivante que dans un tiers des cas.
Quand cette langue est une langue étrangère - un quart des
Français a une connaissance familiale d'une autre langue que le français
(arabe, portugais, italien, espagnol) - elle n'est transmise que dans 9% des
cas. Bref, on constate une écrasante domination du français. Et
ceci en dépit de politiques locales volontaristes de maintien voire de
développement de la langue régionale. B. Cerquiglini, délégué
général à la langue française et aux langues de
France, auteur d'un rapport au premier ministre sur les langues de France conclue
:
un patrimoine disparaît sous nos yeux et de nos oreilles pour ajouter
il faut faire comprendre à tous cette notion de patrimoine linguistique
et la nécessité de le préserver.
La situation actuelle est paradoxale : jamais les textes, circulaires, intentions,
n'ont été aussi partagés, généreux, précis,
et suivies d'aussi peu d'effet. Les langues régionales métropolitaines
sont à l'agonie en France, et chacune trouve son compte dans une démarche
propre. Basque et catalan ne cherchent aucun appui en France même, et
se tournent résolument vers les autonomies espagnoles ; l'alsacien -
dont à l'écrit, en pratique, l'enseignement précoce se
fait en allemand - se tourne vers l'Allemagne ; le breton jouit d'une très
importante et influente diaspora parisienne dans les médias, et s'ouvre
vers " l'intercelticité " d'une communauté internationale
affirmée de plusieurs dizaines de millions d'usagers ; le cas insulaire
corse -développé plus loin- est sans doute, pour des raisons bien
complexes, un cas spécifiquement à part, en terme d'aménagement
économique, institutionnel, et donc linguistique ; le cas occitan, la
plus grande zone européenne de " langue régionale "
en terme géographique et de nombre de locuteurs, n'a aucun appui extérieur
valide - les liens avec la Catalogne sont largement distendus- ni intérieur
- tout est fait pour que l'Occitanie reste un concept intellectuel, donc incapable
de cristalliser un élan semblable à l'expression bretonne, il
est vrai recentrée sur 3 départements, et non 32 pour l'aire occitane.
Dans le champ des langues étrangères, l'anglais devient hégémonique.
Ce qui pose la question de l'existence d'une politique linguistique en France.
Au moins le président de l'Association des Professeurs de Langue vivante,
Christian Puren, la pose en novembre 1999. Son plaidoyer repose sur 4 arguments
présentés comme quatre grandes contradictions qui perdurent (le
Polyglotte, février 2000) : première contradiction entre les
déclarations officielles et les textes officiels - très favorables
à la diversification des langues enseignées - et la réalité
des enseignements dispensées qui montre une simplification de l'offre
des langues mises en uvre sur le terrain au profit de l'anglais. Seconde
contradiction entre l'évolution d'une demande sociale
qui tend
vers le tout anglais LV1 et le (presque) tout espagnol LV2 et les potentialités
de diversification particulièrement forte dans notre pays (langue régionale,
langue de l'immigration, langue du voisin frontalier, langue à grand
intérêt professionnel ou culturel
) ; Troisième contradiction
entre l'opinion répandue selon laquelle l'anglais suffirait pour toute
activité professionnelle alors que c'est la seconde langue qui fait la
différence sur le marché du travail. Quatrième contradiction
entre la grande sensibilité de l'opinion publique française à
l'importance des langues étrangères et l'absence
de tout
débat de fond sur la politique linguistique de notre pays. Il semble
que ce bilan sévère dressé par les professeurs de langues
soit aussi celui des universitaires linguistes qui proposent un nouvel ordre
linguistique. Ils s'élèvent eux aussi contre l'hégémonie
de fait de l'anglais dans le choix d'une langue étrangère à
apprendre. Ils militent pour éducation bilingue, précoce et immersive
pour permettre aux lycéens de pratiquer deux et même trois langues
étrangères. L'efficacité de ces propositions serait attestée
par les Ecoles Européennes et les sections européennes de certains
lycées.
Conclusion
Ainsi, en France, la question d'une politique linguistique et la citoyenneté
est d'une extrême complexité, en raison du poids du passé,
de la manière dont l'Etat a été construit, des représentations
qui pèsent sur l'identité française et des mécanismes
souhaitables au maintien d'une cohésion sociale minimale voire à
la viabilité du projet républicain. Le poids du passé s'exprime
par la survalorisation du français comme la langue de la France. Le texte
des Serment de Strasbourg (842), prélude au traité de Verdun (843),
et la Séquence de Sainte Eulalie (vers 880) sont volontiers cités
comme les témoins de la naissance de La France, à travers l'institution
de sa langue. Les auteurs d'une récente Histoire culturelle de la France
assurent quemettre le français par écrit n'a donc pas été
une opération neutre d'enregistrement, à un moment donné,
de la langue parlée. L'écriture d'une langue implique un changement
de statut de cette langue et une révolution mentale chez qui cherche
à l'écrire. On peut penser que dès 813 les clercs ont traduit
leur homélie par écrit, l'opération de traduction du latin
en roman entraînant le changement de statut de la langue romane en la
faisant accéder à un niveau proche de celui de la langue latine.
Toute une historiographie rappelle l'action de François 1er et des poètes
de la Renaissance, l'influence de Malherbe et l'institution de l'Académie
française par Richelieu, cet espèce d'apogée que fut le
XVIII ème siècle prolongé quelque peu par le Romantisme.
Au total, dans cette image de la langue française, le passé est
très prégnant. La présentation, on a envie de dire la narration,
qui en est faite prend volontiers les accents de l'épopée. Elle
est aussi très sélective. Les uvres occitanes du Moyen -
Age, pourtant les plus célèbres de ces littératures qui
ne sont pas d'oïl, grâce aux troubadours, restent toujours difficiles
d'accès pour le grand public.
Dans une certaine mesure, ce qui est plus grave, c'est que l'opinion française
ignore toujours qu'il existe une littérature occitane vivante qui se
prolonge jusqu'à nos jours. Elle ne sait pas que le Prix Nobel de Littérature
est attribué à Frédéric Mistral, en 1904, pour une
uvre intégralement écrite en occitan. L'Ecole ne s'intéresse
que marginalement aux auteurs contemporains, d'une manière générale,
et ignore superbement les écrivains en langue régionale dont occitans,
en particulier. Le service public de l'audio-visuel est tout aussi déficient.
" France 3 Grand Sud " dont la vocation est d'être le service
public de la radio et de la télévision en charge de deux des grandes
régions méridionales, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon,
ne diffuse que 40 minutes d'occitan par semaine. Or ce canal de télévision
couvre la moitié des départements de langue et culture occitanes.
D'une manière générale, les influences étrangères sur la culture française sont encore minorées. Le rôle de la poésie italienne et espagnole sur les lettres françaises sont très discrètement chuchotées par les histoires littéraires et les livres de littérature disponibles dans les classes. L'idée que la nation française, en fait, se cherche encore et toujours reste peu répandue dans l'opinion publique. Or ceci pèse sur les représentations faites de la citoyenneté et de son devenir. L'unicité de la République renvoie à une unicité du territoire et à une unicité de la nation manifestée par l'unicité de la langue. Au fond, les Français sont passés d'une Monarchie absolue à une République absolue, comme l'avait remarqué en son temps A. De Tocqueville (l'Ancien régime et la Révolution).
Annexe : les langues de France.
Principaux textes juridiques fondant la politique linguistique de la République française.
· loi n° 75 - 1349 du 31 décembre 1975 relative à
la langue française (dite Bas - Auriol)
Dans la désignation, l'offre, la présentation, la publicité
écrite ou parlée, le mode d'emploi ou d'utilisation, l'étendue
et les conditions de garantie d'un bien ou d'un service, ainsi que dans les
factures et quittances, l'emploi de la langue française est obligatoire
Le recours à tout terme étranger ou à toute expression
étrangère est prohibé lorsqu'il existe une expression ou
un terme [français]
Le texte français peut se compléter d'une ou plusieurs traductions
en langue étrangère
Les mêmes règles s'appliquent à toutes informations ou présentations
de programmes de radiodiffusion et de télévision, sauf lorsqu'elles
sont destinées expressément à un public étranger
(art.1)
[cette loi a été abrogée par la loi de 1994 , dite loi
Toubon]
· décret n° 72 - 19 relatif à l'enrichissement de la langue française
· Loi constitutionnelle n° 92 - 554 du 25 juin 1992 ajoutant
à la Constitution un titre : Des Communautés et de l'Union européenne
suivie du texte mis à jour de l'article 2 du titre 1 de la Constitution
de 1958.
Titre I - De la Souveraineté
Article 2 : La langue de la République est le français. L'emblème
national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L'hymne national est
la Marseillaise. La devise de la république est Liberté, Egalité,
Fraternité. Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple
et pour le peuple.
- Circulaire du 12 avril 1994 relative à l'emploi de la langue française
par les agents publics
La langue française est un élément constitutif de l'identité,
de l'histoire et de la culture nationales. La réaffirmation du statut
du français symbolise l'unité de la République et favorise
la complète intégration de tous dans la vie de la cité.
Dans la mise en uvre des instructions qui suivent, les agents publics
doivent avoir la conviction que la langue française est un élément
important de la souveraineté nationale et un facteur de cohésion
sociale. Aucune considération d'utilité, de commodité ou
de coût ne saurait donc, sauf circonstances spéciales, empêcher
ou restreindre l'usage de la langue française. Si tous les citoyens ont
reçu en legs notre langue, les agents publics ont plus que les autres,
des obligations particulières pour assurer son usage correct et son rayonnement.
Il leur incombe non seulement de veiller, dans l'ensemble de leurs activités
en France, à ce que la place du Français ne soit pas mise en cause,
mais aussi de respecter les règles qui régissent l'emploi de la
langue française dans les relations internationales
- Décision n° 94 -345 DC du 29 juillet 1994 (conseil constitutionnel
sur la loi relative à l'emploi de la langue française).
Le Conseil a reconnu au législateur la possibilité d'imposer aux
personnes publiques comme aux personnes privés l'usage obligatoire du
français dans certains domaines définis par la loi : présentation
des biens, produits et services, publicités, inscriptions dans les lieux
publics, droit du travail, colloques, audiovisuel.
· Loi n° 94 - 665 du 4 août 1994 relative à l'emploi
de la langue française, dite loi Toubon.
Langue de la République en vertu de la Constitution, la langue française
est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine
de la France.
Elle est la langue de l'enseignement, du travail, des échanges et des
services publics.
Elle est le lien privilégié des Etats constituant la communauté
de la francophonie. (art.1)
- décret n° 95 - 240 du 3 mars 1995 : décret d'application
de la loi Toubon.
- Circulaire du 19 mars 1996, concernant l'application de la loi n°94 -
665 du 4août 1994 relative à l'emploi de la langue française
La présente circulaire
[précise] le champ d'application de
la loi, notamment pour ce qui concerne la commercialisation des biens et des
services, les colloques et congrès, les entreprises et l'enseignement.
- arrêté du 27 mai 1998 portant renouvellement de l'agrément
d'associations de défense de la langue française.
L'agrément accordé aux association dont les noms suivent : Association
francophone d'amitié et de liaison (AFAL)
, Avenir de la Langue
française (AFL.)
, Défense de la langue française
(DIF)
pour exercer les droits reconnus à la partie civile en ce
qui concerne les infractions aux dispositions des articles 2, 3, 4, 6, 7 et
10 de la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française
(art.1)
- arrêté du 25 juin 2001, portant renouvellement de l'agrément
d'association de défense de la langue française
[les mêmes qu'en 1998]
Principaux textes fondant la politique éducative en matière
linguistique
· loi n° 51- 46 du 11 janvier 1951 (dite loi Deixonne)
Le Conseil supérieur de l'Education nationale sera chargé
de
rechercher les meilleurs moyens de favoriser l'étude des langues et dialectes
locaux dans les régions où ils sont encore en usage (art.1)
[ce texte est donné pour mémoire. Il vient d'être abrogé.
Mais pendant longtemps, il fut le seul à permettre l'enseignement d'une
langue autre que le français à l'Ecole.]
- décret n° 74 - 33 du 16 janvier 1974 (corse)
- décret n° 81 - 553 du 12 mai 1981 (tahitien)
- décret n° 92 - 1162 du 20 octobre 1992 (langues mélanésiennes)
- décret n° du 16 janvier 1974 introduit une épreuve facultative
de langues régionales.
· loi n° 75.620 du 11 juillet 1975, relative à l'éducation
(dite loi Haby)
Un seul article a trait aux langues régionales : un enseignement des
langues et des cultures régionales peut être dispensé tout
au long de la scolarité ( art 12)
· circulaire n° 82 - 261 du 21 juin 1982
· circulaire n° 83- 547 du 30 décembre 1983
[organisation des premiers enseignements de langues et cultures régionales,
mais sur la base du volontariat des élèves et des enseignants,
dans tous les degrés de l'enseignement. Une formation des maîtres
et professeurs est prévue. Le dernier texte pose le principe de l'enseignement
bilingue : français - langue régionale]
· circulaire du 6 mars 1989
· circulaire de mars 1990
· Circulaire du 6 septembre 1991
[ces trois textes visent à mettre en place " l'enseignement d'initiation
aux langues étrangères " conçu comme une préparation
au véritable apprentissage qui débute au Collège. Le programme
est souple et les intervenants ont toute liberté pour choisir leur matériel]
· circulaire du 3 mai 1995
· circulaire du 9 mai 1996
· note de service du 19 février 1997
[s'il est encore question " d'initiation aux langues vivantes ", la
sensibilisation est initiée à la fin du cycle II, cependant qu'un
véritable apprentissage doit être conduit au cours du cycle III.
Le Centre National de Documentation Pédagogique fournit le matériel
pédagogique : " Sans Frontière. "
· circulaire du 11 mai 1998
· circulaire du 23 juin 1998
· circulaire du 17 juin 1999
[ concernent l'extension de " 'enseignement des langues vivantes étrangères
" l'école élémentaire qui est rendu obligatoire dans
la dernière classe du Cycle III, puis, à partir de 2001, aux classes
précédentes. En principe cette obligation concernera les élèves
du cycle II en 2002 et 2003.
· Instructions Officielles
La loi n° 94 - 665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française, dans son article 22 stipule qu'un rapport annuel sur l'application de la loi du 4 août 1994 doit être fait au Parlement. La collection de ces rapports est disponible à la Documentation française et sur le site internet du gouvernement à l'adresse : http://www.culture.fr/dglf/rapport/
Législation sur la scolarisation des enfants d'immigrés
· Circulaire n° IX-70-37du 13 janvier 1970
· Circulaire n° 73-383 du 25 septembre 1973
Si des classes d'initiation pour enfants étrangers ont pu être
mises en place dans l'enseignement élémentaire, un effort tout
particulier doit actuellement être entrepris en faveur des enfants étrangers,
non francophones, arrivant en France entre douze et seize ans, dont la place
naturelle est dans un établissement de premier cycle.
L'objectif général est d'insérer le plus rapidement possible
les enfants étrangers dans un cycle d'études normal, ce qui exclut
leur regroupement pour une période d'initiation dans des établissements
qui leur seraient réservés, en dehors de tout contact avec des
enfants français.
· Circulaire n° 78-238 du 25 juillet 1978
Allant au-delà de l'obligation d'accueil dans les établissements
scolaires qui s'est toujours appliquée aux enfants étrangers comme
aux enfants français, le ministère de l'Education s'est préoccupé
depuis un certain nombre d'années de prendre en considération
de façon spécifique les besoins de scolarisation des enfants étrangers.
Il s'efforce de leur ménager de meilleures conditions d'insertion dans
l'école et dans la société française et la possibilité
de se réadapter, le cas échéant, à leur pays d'origine.
Les dispositions prises à cette fin se regroupent autour de deux axes
:
La mise en place d'un enseignement du français destiné à
les amener à une connaissance suffisante de notre langue pour faciliter
leur adaptation à l'enseignement dispensé dans les classes normales
;
L'institution dans les établissements scolaires, avec le concours des
pays concernés, de cours dans la langue nationale des enfants immigrés.
· circulaire n° 82 - 165 du 13 avril 1983 publiée dans le
Bulletin Officiel n° 16 du 21 avril 1983
[cette circulaire présente l'ensemble du dispositif d'enseignement des
langues d'origine]
· circulaire n° 84 - 246 du 16 juillet 1984 publiée dans le
Bulletin Officiel n° 30 du 26 juillet 1984.
[modalités d'inscription des élèves étrangers dans
l'enseignement du premier et du second degré]
Les élèves étrangers venant des établissements français
reconnus par le ministre de l'Education nationale
doivent être inscrits
au niveau indiqué par la décision d'orientation prise par l'établissement
d'origine. En revanche, les élèves venant d'autres établissements
doivent être soumis, avant affectation dans une classe, à une vérification
des connaissances organisée par les services académiques
· circulaire n° 86 - 120 du 13 mars 1986 publiée dans le Bulletin
Officiel n° 13 du 3 avril 1986.
l'obligation d'accueil dans les établissements scolaires s'applique de
la même façon pour les enfants que pour les enfants français
et selon les modalités prévues par la circulaire n°84 - 246
du 16 juillet 1984. La présente circulaire complète ces dispositions
sur deux points essentiels : le dialogue avec les familles et l'intégration
des élèves dans l'établissement
· circulaire n° 86 - 119 du 13 mars 1986 publiée dans
le Bulletin Officiel n° 13 du 3 avril 1986.
[apprentissage du français pour les enfants étrangers nouvellement
arrivés en France]
La capacité de communiquer en français est une condition indispensable à l'intégration de l'enfant étranger dans l'école française, à son accès à la formation qu'elle dispense et donc à sa réussite scolaire. Aussi des dispositions spécifiques ont - elles été prises depuis plusieurs années en ce sens. Elles se sont traduites par la création de structures d'accueil à l'école et au collège. Ces structures scolarisent de façon temporaire et selon les modalités définies ci - dessous les seuls enfants étrangers non francophones nouvellement arrivés en France..
· circulaire n° 90 - 270 du 3 octobre 1990 publiée dans
le Bulletin Officiel n° 38 du 18 octobre 1990
[missions et organisation des CEFISEM]
L'attention portée à tous les élèves dans leur diversité
sociale et culturelle, quelles que soient leur origine ou les caractéristiques
individuelles et collectives, doit être une préoccupation éducative
et pédagogique constante ainsi que la connaissance et l'utilisation de
la richesse que fournit la composition de notre société
Dans ce domaine, les centres de formation pour la scolarisation des enfants
de migrants (CEFISEM), mis en place depuis 1975 dans la plupart des académies,
ont une place importante en tant qu'outils académiques au service de
l'ensemble des responsables et des acteurs du système éducatif
et de ses partenaires
· Circulaire DPM/CI1 n° 99-35 du 22 janvier 1999 relative aux contrats
locaux pour l'accueil et l'intégration
· Circulaire DPM/CI1 n° 99-315 du 1er juin 1999 relative à
la mise en place du dispositif d'accueil des primo-arrivants
· Loi n° 98-170 du 16 mars 1998 : Adoption de la loi sur la nationalité.
· Décret n° 99-179 du 10 mars 1999 pris pour l'application
de l'article 9 de l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 modifiée
relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers
en France, instituant un document de circulation pour l'étranger mineur
Quelques statistiques sur les pratiques linguistiques à l'Ecole
· Choix des langues vivantes étrangères à l'Ecole élémentaire
* anglais : 79, 8% des choix
* allemand : 15, 2%
* espagnol : 2, 4%
* italien : 1, 3%
Plus spécifiquement, pour les départements et territoires d'Outre
- Mer ces chiffres donnés par le secrétaire d'Etat à l'outre
- mer, en 1999 :
* anglais 54 690 élèves
* allemand 2 099
* espagnol 703
* portugais 308
* italien 26
Devant le Sénat, séance du 29 novembre 2001, cette analyse de
l'évolution de l'apprentissage de l'allemand : En 2 000, en France, moins
de 10% seulement des élèves choisissaient l'allemand comme première
langue étrangère et entre 15 et 16% d'entre eux la choisissaient
comme deuxième langue. L'érosion de l'apprentissage de l'allemand
se poursuit donc de manière inquiétante, accusant une régression
de plus de 50% en l'espace de vingt ans. On constate des résultats similaires
[pour le français] du côté allemand. Or la connaissance
du premier partenaire économique est une chance et un élément
fondamental.
· nombre d'élèves suivant un enseignement en " langues régionales " en 2000/2001.
* Occitan : 71 912
* Corse : 27 875
* Breton : 20 697
* Basque : 8 969
* Catalan : 8 907
* Alsacien : 7 453
* Pays mosellans 5 823
28 500 écoliers et collégiens auraient bénéficiés d'un enseignement bilingue. Il y a 12 millions d'élèves qui fréquentent le système scolaire français, de la maternelle au bac.
· sur les élèves venus de l'étranger
1974 : 250 000 enfants étrangers fréquentent les écoles
françaises
1980 : 600 000
2000 : dont 24 731 sont des primo - arrivants (= " élèves
nouvellement arrivés en France ")
le système éducatif compte 1 264 structures d'accueil pour primo - arrivants : classes d'initiation pour non - francophones ; classes pour enfants non scolarisés antérieurement, )
86 685 élèves issus de l'immigration suivent les enseignements
des E.L.C.O. ; les ELCO algériens, marocains et tunisiens accueillent
41 000 élèves arabisants dans les écoles primaires. Mais
seuls 6 000 collégiens et lycéens poursuivent cet apprentissage,
faute de structures existantes