L’Allemagne de l’Est  : une assimilation incertaine par Ayaal Herdam, docteur en science politique. Chargé de cours à l'université de Bordeaux[1]

 

 

 

 

Dans le discours sociologique, le terme « assimilation » désigne généralement le processus de la disparition d’une spécificité culturelle chez une personne ou un groupe de personnes et leur intégration complète dans une société donnée, sans que cette dernière en soit changée. Lors de son assimilation, le sujet abandonne son identité d’origine pour endosser celle qu’il a trouvé dans son environnement. Cas spécial du contact entre des cultures différentes, l’assimilation a été théorisée comme phase terminale de l’acculturation et même comme « une des formes de son échec »[1], car elle serait accompagnée par des « pathologies » liées à la perte de repères, ce qui ne serait donc pas le cas d’une acculturation réussie. Une série de facteurs liés les uns aux autres déterminent la possibilité, le déroulement et la durée de l’assimilation, comme la distance entre les deux cultures en question, l’attrait ou la violence exercés par la culture dominante, la coopérativité ou la résistance de la part des futurs « assimilés », leur nombre, leur concentration, leur homogénéité, leur statut socio-économique, etc. Est-ce que cet outil peut servir à appréhender des aspects de la réalité vécue actuellement par les Allemands de l’Est, voire par les habitants de l’Europe centrale et orientale, qui ne sont a priori ni migrants, ni autochtones d’une colonie de peuplement, ni minorité ethnique ?[2] Cet article, qui se limite à la situation est-allemande, part d’une réponse affirmative. Il présente donc les habitants de l’ex-RDA comme un groupe appelé à changer de culture (plutôt qu’à changer leur culture) et il discute les conditions ainsi que les différents aspects de l’assimilation. Deux d’entre eux sont contenus dans la définition, puisqu’il s’agit d’un processus qui se définit par son résultat, ce qui veut dire qu’il est difficile de qualifier un changement culturel d’assimilation tant que l’on ne connaît pas son aboutissement ou au moins son orientation. S’agissant d’une évolution en cours, il faut donc se contenter d’observer une assimilation incertaine, possible, probable, partielle. Pour approcher le sens du changement, l’objectif des protagonistes est utilisé ici comme l’un des aspects de l’assimilation, car il constitue une anticipation optimiste et subjective sur le résultat, susceptible de guider l’action. Cette perspective postule une participation active des individus. Or, il n’est pas possible de suivre chaque personne, et le but de ce texte n’est pas de ne montrer que quelques personnes concrètes. Des termes comme « Allemands de l’Est », «  habitants de l’ex-RDA » ou « Allemands de l’Ouest », « habitants des anciens Länder »  désignent donc deux groupes simplifiés, les traits qui concernent la majorité de chaque groupe ont été grossis pour aboutir à une juxtaposition, dans laquelle on peut voir une opposition politiquement incorrecte. En effet, la réalité est plus complexe, d’autant plus que le processus décrit ici est justement censé brouiller l’image de deux sociétés allemandes distinctes, une image qui est pourtant un point de départ nécessaire à l’analyse en termes d’assimilation. Evidemment, une telle analyse contribue à interpréter l’unification allemande : y a-t-il disparition de l’Est dans l’Ouest ou convergence vers une société qui garde les apports des deux côtés ?                  

 

 

1.  Transfert sans transition

 

 

Les événements qui affectent depuis 1989 la société est-allemande s’inscrivent dans le processus de transformation des Etats de l’Europe centrale et orientale de l’ancien empire soviétique en démocraties parlementaires et économies de marché. La crise du régime du « socialisme réellement existant » n’était pas l’effet d’une quelconque dynamique d’unification allemande. Comme chez les autres anciens satellites de l’URSS, le système politique et économique de la RDA ne survivait pas à la réforme du centre de l’empire, notamment à la perestroïka et à l’affaiblissement de l’emprise sur la périphérie, qui intervenait à un moment où tout le monde s’était plus ou moins installé dans la perspective d’une coexistence à long terme qui n’excluait pas un rapprochement futur des deux modèles de société en général et des deux Etats allemands en particulier. La dislocation subite de l’empire soviétique surprenait les observateurs comme les protagonistes, et ce caractère explique l’absence provisoire d’une conception pour la transformation des sociétés concernées, que ce soit en Allemagne de l’Est ou ailleurs.

        Toutefois, le processus de la transformation est-allemande présente des spécificités : à la différence des habitants des autres pays ex-communistes, les Allemands de l’Est pouvaient se tourner vers un système qui semblait fonctionner à merveille et qui se proposait de les accueillir au nom d’une unité nationale qu’il s’agissait de retrouver tant que cela était possible. Un changement de société sans transition, mais par adhésion pure et simple à la RFA promettait des avantages importants. Pour beaucoup d’Allemands de l’Est, l’accès rapide et indolore à la prospérité, aux libertés individuelles et à une nouvelle identité valorisante, accès garanti par l’autorité des élites ouest-allemandes, était autrement plus tentant qu’une transformation endogène, avec ses inévitables déceptions et ses phases intermédiaires pendant lesquelles ils auraient été gouvernés, le cas échéant, par d’anciens apparatchiks ou par les nouvelles forces politiques susceptibles d’idéalisme social, voire d’excès écologistes. On peut rappeler dans ce contexte que les nouvelles forces politiques, formées en 1989 à partir des mouvements d’opposition et animées par des intellectuels favorables à l’évolution autonome d’une RDA socialiste, n’étaient pas vraiment populaires et ne disposaient pas des instruments du marketing politique appropriés.

Le changement de système par adhésion ne paraissait pas seulement souhaitable, mais également possible : en contact indirect avec la société ouest-allemande par les médias occidentaux et par des rencontres personnelles entre membres d’une même famille, les Allemands de l’Est avaient l’impression d’en connaître les principaux paramètres. S’ils avaient conscience de certaines différences, notamment de l’existence d’une hiérarchie sociale plus importante, ils attribuaient des échecs individuels en RFA en premier lieu à un comportement défaillant, et, de toute façon, même un niveau de vie modeste à l’Ouest leur semblait désirable ; un chômeur qui roulait en Volkswagen était en effet mieux loti que presque n’importe quel travailleur dans l’Etat des ouvriers et des paysans quand la possession d’une voiture occidentale était le symbole d’une richesse hors normes. La forte polarisation sociale à l’Ouest et la possibilité d’une misère extrême étaient d’autant moins dissuasives qu’elles avaient déjà été exploitées abondamment par la propagande de l’Est. Les différences culturelles entre les deux parties de l’Allemagne n’étaient pas perçues comme des obstacles insurmontables : habitués aux particularités régionales à l’intérieur du pays, par exemple, dans les domaines des références historiques, des activités économiques dominantes et de l’utilisation de la langue allemande, les habitants de la RDA ne doutaient pas de leur capacité de trouver sans peine leur place parmi les « paysages florissants » promis par le chancelier Kohl.    

De leur côté, les principaux acteurs occidentaux de l’unification allemande considéraient une simple adhésion de la RDA à la RFA comme une solution élégante aux problèmes que le changement de système pouvait poser : l’absorption du territoire plus petit et moins peuplé était techniquement réalisable, et, selon une partie des experts, elle était conforme à la constitution de la RFA (mais sûrement pas à celle de la RDA). Le consentement de la population est-allemande à un changement sans transition dispensait d’une stratégie visant à développer le potentiel et les acteurs autochtones et justifiait la mise à l’écart définitive des anciennes élites. Les institutions créées et les idées avancées pendant la courte période qui est effectivement désignée sous le terme de « transition » dans la littérature sur l’unification allemande (les quatre mois entre la démission du Politbüro du SED et les premières élections libres)[3], notamment les propositions de la Table Ronde en vue de l’unification, comme celle d’une charte sociale destinée à protéger les habitants de l’ex-RDA, pouvaient être négligées. En outre, une égalisation très rapide des conditions de vie dans les deux anciens Etats était censée freiner la migration massive de l’Est vers l’Ouest que l’ouverture des frontières avait rendue possible. Enfin, l’occasion historique permettait au gouvernement Kohl, en perte de vitesse à la fin des années 80, de soulever une vague d’enthousiasme national sur laquelle il pouvait surfer pendant plusieurs années, sans compter l’espoir du chancelier d’entrer dans l’Histoire par la grande porte.

La méthode adoptée, à savoir le « transfert d’institutions, d’élites et de ressources de l’ouest vers l’est »[4] devait aboutir à un simple agrandissement de la République fédérale. Il s’agissait d’une méthode relativement efficace, puisque l’unité de l’Etat est aujourd’hui effectivement réalisée, le système politique est approuvé par une majorité des citoyens dans les deux parties, même si l’approbation est moindre à l’Est. Le paysage politique de l’Est diffère de celui de l’Ouest par la présence d’un parti important à gauche de la social-démocratie et la faiblesse des Verts et des Libéraux, or, même la gauche postcommuniste n’envisage pas un abandon de la démocratie parlementaire. Il est incontestable que les Allemands de l’Est bénéficient désormais des libertés fondamentales, garanties par la constitution. L’infrastructure de l’ex-RDA a été modernisée, les entreprises industrielles qui ont survécu à l’introduction de l’économie de marché sont devenues plus compétitives et plus propres. Par rapport à 1990, les ménages est-allemands sont aujourd’hui mieux équipés, mais, bien qu’il soit toujours fortement subventionné, le niveau de vie des habitants des nouveaux Länder reste inférieur à celui de leurs compatriotes occidentaux[5]. L’inégalité est confirmée par d’autres éléments de comparaison : à l’Est, le chômage est plus élevé[6], ceux qui travaillent gagnent moins que les salariés à l’Ouest[7], le patrimoine moyen des ménages est moindre et l’écart de richesse entre les deux parties de l’Allemagne ne se réduit pas de façon sensible. Les biens immobiliers de l’Est sont aujourd’hui fréquemment propriété des habitants occidentaux, sans qu’il y ait réciprocité. En l’an 2000, les Allemands de l’Est ne possédaient plus que 5% du patrimoine industriel est-allemand, le reste revenait aux Allemands de l’Ouest (85%) et à des étrangers (10%)[8], des chiffres que l’on pourrait mettre en relation avec les taux correspondants dans les autres pays d’Europe centrale et orientale pour savoir si le changement sans transition était vraiment une « bonne affaire » pour les autochtones. Le statut de cadre dirigeant au niveau national est de facto réservé aux Allemands de l’Ouest ; parmi cette catégorie, la représentation des nouveaux compatriotes est proche de 0% dans les domaines économique, militaire, administratif et juridique, et elle est faible dans les médias et dans la science[9]. Cette situation tient évidemment à la plus grande compétence culturelle des habitants des anciens Länder, dans le sens d’une meilleure maîtrise du fonctionnement « normal » des institutions qui sont désormais celles de l’Allemagne entière, mais elle s’explique aussi par les autres ressources sociales héritées de la vie à l’Ouest. L’héritage correspondant des Allemands de l’Est, c’est-à-dire l’expérience sociale, les statuts, les réseaux, les moyens financiers, se trouve dévalué.          

        L’adhésion de la RDA à la RFA et l’ensemble du processus d’unification ont été décrits comme « colonisation structurelle »[10]. En effet, certains paramètres du cas est-allemand de la transformation démocratique peuvent s’interpréter en ce sens ; la liquidation sociale des anciennes élites, l’importation de structures du pouvoir, une domination sociale exercée par les ressortissants de la « métropole » et l’aménagement d’une nouvelle dépendance économique ont été observés en ex-RDA. Cependant, le processus en question se distingue des réalités historiques que l’on appelle couramment « colonisation » par le fait qu’il ne s’agit pas exactement d’une implantation au-delà de l’espace que les acteurs considèrent comme le territoire principal de leur communauté nationale. Même après 40 ans de division politique, une partie des habitants des deux anciens Etats (et sans doute surtout ceux qui étaient assez âgés pour se souvenir d’une unité étatique) entretenait le sentiment d’appartenir à une même communauté[11]. D’autres ne se sentaient pas forcément proches des Allemands de l’autre côté de la frontière, mais se définissaient quand même avant tout comme Allemands, citoyens de l’un des deux Etats. A partir des années 60, les dirigeants de la RDA avaient bien essayé d’établir une « nation allemande socialiste », héritière de la résistance antifasciste, du mouvement ouvrier, de la tradition humaniste, mais ces efforts étaient vécus en grande partie comme artificiels et contradictoires par les principaux intéressés. Le terme même de « réunification » était assez acceptable aux yeux d’une majorité d’Allemands pour s’imposer dans les médias. Impossible à mesurer de manière objective dans l’euphorie du moment, la distance culturelle entre les deux sociétés était minimisée par le discours des gouvernants occidentaux, préoccupés par la mise en œuvre de leurs projets politiques. Par la suite et en raison de l’asymétrie du processus d’unification, il incombait presque exclusivement aux Allemands de l’Est de réduire cette distance par un travail difficile à percevoir dans sa totalité, néanmoins considérable et toujours en cours.          

 

 

2.       L’assimilation comme objectif d’apprentissage

 

 

Suite au transfert du modèle de société et du personnel d’encadrement, les Allemands de l’Est se sont donc retrouvés dans des contextes sociaux qu’ils connaissaient peu ou pas du tout et dont ils n’avaient pas soupçonné tous les effets. Etrangers dans leur propre pays, ils devaient et doivent apprendre à s’insérer dans leur environnement. Certes, tout n’a pas changé : le cadre familial et les relations de voisinage évoluent lentement et souvent de façon peu dramatique. Toutes les différences observées entre l’Est et l’Ouest n’appellent pas une correction urgente : les habitudes alimentaires, la décoration du logement, le comportement sexuel, l’aménagement du jardin sont des pratiques collectives moins immédiatement concernées par le transfert du modèle de société[12]. Dans d’autres domaines fondamentaux, une adaptation rapide s’imposait.

Le monde du travail en est peut-être le plus important. En Allemagne de l’Est, il était surtout caractérisé par la stabilité et la prévisibilité ; dès l’école, les habitants étaient orientés vers une profession « en fonction des besoins de la société », voire « de la classe ouvrière » selon les formules officielles, ensuite, on gardait le même emploi ou le même métier longtemps, souvent jusqu’à la retraite. En dehors de l’appareil du SED, des « organisations de masse » affiliées et des administrations publiques, les perspectives de carrière n’étaient pas spectaculaires, les possibilités d’une différentiation du style de vie restaient en général limitées, sauf pour certaines activités qui relevaient de l’économie parallèle. En revanche et conformément à l’idéologie du régime articulée autour du culte de la classe ouvrière, la vie professionnelle était le pôle de la vie sociale. Les entreprises et le syndicat unitaire organisaient une partie de la vie privée, par exemple, par des manifestations culturelles (au sens étroit) et festives, des offres de loisirs, la mise à disposition des logements, mais aussi des lieux pour les vacances, etc. Dans ces conditions, les amis les plus proches et les voisins étaient très souvent des collègues. La valeur du travail était augmentée par le fait qu’il était la seule source de revenus pour la plupart des citoyens ; ils n’avaient guère d’autres ressources (ce qui limitait en même temps l’utilité de la liberté de ne pas travailler, gagnée avec le changement de système). L’implantation d’un marché du travail occidental, qui s’accompagnait bientôt, il est vrai, de mesures de création d’emplois fortement subventionnées par l’Etat, constituait alors un choc existentiel. Elle obligeait les habitants de l’ex-RDA à envisager la vie professionnelle comme une compétition et à adapter leur comportement au fonctionnement du marché : celui qui veut trouver du travail doit être mobile, vigilant et disponible, améliorer ses compétences, reconnaître les opportunités qui se présentent, évaluer les risques, prendre l’initiative, savoir se mettre en scène, autant de facultés et de compétences qui s’acquièrent, avec ou sans aide extérieure, dans un processus d’apprentissage.

Des impératifs similaires existent dans les autres domaines où le transfert des institutions s’accompagne de nouvelles libertés et de nouvelles insécurités : le marché des biens de consommation, le marché du logement, le système de santé publique, le système des retraites. Parmi les connaissances fondamentales à acquérir, on peut mentionner la nouvelle valeur de l’argent. Celui-ci existait bien sûr en RDA, mais les salaires et les prix des marchandises dans les magasins étaient stables, l’offre desdites marchandises était étroite et invariable, la propriété privée n’avait rien de spectaculaire, le « sens des affaires » était inutile. Les biens immobiliers étaient relativement bon marché, or, il n’était pas avantageux d’en posséder, car les loyers étaient extrêmement bas. L’argent était moins important que des relations personnelles pour accéder aux biens rares, particulièrement convoités, qui permettaient de différencier son style de vie. Même la circulation parallèle de la monnaie occidentale, en partie contrôlée par le régime, n’avait pas un impact essentiel sur le quotidien de la majorité des habitants. Avec l’union monétaire allemande, réalisée dans les plus brefs délais pour répondre aux attentes des Allemands de l’Est, la possession d’argent est devenue le critère ultime de souveraineté personnelle ; désormais, elle permet potentiellement de se procurer tout bien ou service imaginable, d’établir ou de défaire des relations de pouvoir et de dépendance, de vivre et de devenir plus riche sans sacrifier du temps à des activités pénibles. En ex-RDA, cette expérience est douloureuse, car elle est vécue sous sa forme négative par une population qui n’avait pas eu l’occasion d’accumuler un capital de départ et qui se trouvait donc plus ou moins exclue de la privatisation de la « propriété du peuple » et de la revalorisation des biens immobiliers. En même temps, le quotidien s’est enrichi d’une multitude de choix et de calculs obligatoires qui signifient autant d’erreurs possibles. Les techniques de constitution d’un patrimoine, les investissements, la gestion des prêts contractés, la fiscalité ne s’apprennent que progressivement[13] ; le retard des Allemands de l’Est dans ces domaines reste un handicap dans la compétition sociale.

En outre, les habitants de l’ex-RDA devaient d’abord acquérir une lecture des nouvelles possibilités de consommation. Dans une société occidentale, les biens que l’on achète, des aliments à la voiture, en passant par les vêtements et les loisirs, s’insèrent en général dans un style de vie qui sert, entre autres, à la différenciation et à l’identification sociales. Trouver dans l’immensité de l’offre les produits qui correspondent à soi-même n’est pas une faculté innée. Vu de l’Ouest, le consommateur est-allemand devait paraître éclectique et sans goût, au moins dans un premier temps. Si beaucoup d’Allemands de l’Est voulaient ressembler à leurs compatriotes de l’Ouest, le mélange des styles empêchait les seconds de reconnaître les premiers comme semblables et heurtait leur sens esthétique.       

L’arrivée de nouveaux patrons et supérieurs hiérarchiques ou la nécessité de chercher un emploi à l’Ouest créaient des problèmes de communication insoupçonnés : certains mots (comme les nombreux anglicismes de l’Ouest) étaient simplement étrangers aux Allemands de l’autre côté de la frontière, d’autres ont connu une évolution sémantique divergente en raison des contextes sociaux différents. Au-delà du vocabulaire, tous les éléments de communication peuvent mener au malentendu : l’attitude face à l’interlocuteur, le style, les thèmes choisis pour l’ouverture du dialogue, les silences (que l’on peut interpréter comme approbation, indifférence ou refus), les regards, les gestes, l’occupation de l’espace relèvent d’une culture particulière, et le risque de malentendus est d’autant plus grand que les interlocuteurs pensent appartenir à la même, ce qui est le cas des Allemands[14]. Deux exemples peuvent illustrer ce phénomène. En Allemagne de l’Est, le collègue ouest-allemand qui tend la main uniquement au moment de faire connaissance (conformément à la pratique ouest-allemande) passera pour distant, voire impoli ; à l’inverse, l’Allemand de l’Est qui tend la main tous les jours pour saluer ses collègues fait une impression bizarre parmi des Allemands de l’Ouest[15]. Si la communication a lieu dans un contexte de hiérarchie, par exemple sur le lieu du travail, les Allemands de l’Ouest centrent l’approche de l’interlocuteur sur la différence de statut, alors que les Allemands de l’Est se réfèrent plus facilement à la relation personnelle[16]. D’autres différences porteuses de malentendus ont été vérifiées pour l’attitude envers les résultats du travail ainsi que pour la disposition au conflit, elles ont été supposées dans la relation entre les sexes, dans les sujets de conversation entre collègues au quotidien, dans l’emploi des pronoms personnels ou de structures impersonnelles pour parler de soi-même et une éventuelle différence dans la conception de la place de l’individu dans le monde qui sous-tend cet emploi, dans l’interprétation plutôt psychologique ou plutôt sociologique de l’environnement, etc.[17] Ce genre de décalage contribue à expliquer les stéréotypes du Wessi (pour Westdeutscher, Allemand de l’Ouest) arrogant, superficiel et égoïste ou de l’Ossi (de Ostdeutscher, Allemand de l’Est) inculte, geignard et importun qui ont cours depuis les années 90. Dans une communication explicitement interculturelle, les participants sont conscients du risque de malentendus et prennent en général leurs précautions, en neutralisant les non-dits et en communiquant en plus ce qui « va de soi » dans leur propre culture. Ainsi, les caricatures mutuelles des Allemands des deux anciens Etats illustrent finalement moins « le mur dans les têtes » que l’attente illusoire selon laquelle il ne devait pas y avoir de distance entre les cultures des anciens deux Etats, comme s’il suffisait d’être Allemand pour s’intégrer dans n’importe quelle société allemande.

Les particularités du comportement de communication se transforment facilement en handicaps dans les relations sociales, étant donné que ces dernières se construisent en communiquant. Si la qualité de la communication devient un critère de sélection, comme c’est le cas sur le marché du travail, un individu qui produit systématiquement des malentendus avec ceux qui définissent la norme a bien peu de chances de réussir. Or, les formes légitimes de la langue se définissent principalement par les Allemands de l’Ouest, qui sont cinq fois plus nombreux, qui sont surreprésentés dans les médias nationaux[18] et qui possèdent des statuts sociaux supérieurs. Parler bien, c’est parler comme eux[19]. Pour beaucoup d’Allemands de l’Est, il y a donc insécurité linguistique dans la mesure où leur façon de communiquer est mise en question[20]. Certaines variantes phonétiques et syntactiques de l’allemand, notamment celles qui sont pratiquées en Saxe, désignent leurs locuteurs aussitôt comme habitants de l’ex-RDA ; les humoristes s’en servent évidemment pour rendre des personnages ridicules et bornés et pour les distinguer du spectateur « normal »[21]. Comme elles concernent tout de même plusieurs millions de locuteurs dotés d’une solide identité régionale et capables d’autodérision, et comme elles peuvent difficilement être mises en rapport avec le système politique de la RDA, ces variantes ne sont pas près de disparaître. Leur utilisation caricaturale dans les médias nationaux est finalement une preuve de leur existence, un premier pas vers l’acceptation de la différence. En revanche, les personnes relativement jeunes qui migrent de Saxe vers les anciens Länder semblent être particulièrement motivées pour gommer les marques phonétiques de leur origine.           

        Au-delà des questions de vocabulaire, de grammaire et de stratégie de communication, ce sont les contenus mêmes du discours qui peuvent fâcher, car ils ont trait à l’expérience personnelle et aux valeurs acquises au cours de la socialisation. Pour une grande partie des Allemands de l’Est, et en particulier pour les individus actifs et volontaires, la RDA n’était pas juste un régime dictatorial qui les avait privés de leur liberté et des fruits de leur travail, mais elle constituait aussi ou surtout leur cadre de vie, un cadre qu’ils efforçaient de remplir et de faire évoluer. Une véritable attitude oppositionnelle, même non assumée, celle que le discours dominant prête vite à la majorité de la population des Etats autoritaires, était rare, sauf au début et à la fin, voire après la fin du système. En Allemagne de l’Est, elle demandait assurément du courage, mais également une certaine autonomie sociale et intellectuelle, difficile à obtenir. La stigmatisation de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un engagement pour la RDA aboutit à ce qu’il convient d’appeler « insécurité biographique », car l’éventuel bonheur vécu (à côté des frustrations et de l’ennui) s’insère mal dans un métadiscours occidental qui construit une RDA inhumaine, sinistrée, terriblement grise, entièrement criminelle aux habitants plus ou moins déformés par le contact avec leur environnement. Les activités et attitudes suscitées, promues ou seulement récupérées par le régime, les fonctions sociales, certains choix professionnels, les récompenses publiques, les statuts obtenus et, a fortiori, l’appartenance aux organisations qui participaient au système politique, et même le fait de ne pas avoir quitté le pays pour ceux qui en avaient la possibilité peuvent désormais être interprétées dans le sens d’une collaboration déshonorante ; il faudrait s’en excuser et les justifier sans cesse, mieux vaut donc les passer sous silence. Que reste-t-il de satisfaisant et de présentable parmi les résultats d’une vie à l’Est ? Certainement pas les attributs matériels qui signifient la réussite sociale en Allemagne de l’Ouest. La tentation de fabriquer a posteriori une autobiographie acceptable et de s’en convaincre soi-même (il s’agit là d’une pratique qui concerne sans doute à différents niveaux et à divers degrés de conscience tous les individus dans n’importe quelle société) est d’autant plus grande. Toutefois, la dissonance trop marquée entre le passé vécu et le passé révisé devrait durablement gêner l’identification à un système qui dévalorise des pans entiers de la vie antérieure et qui tend à délégitimer le souvenir. 

        Quant aux valeurs acquises pendant la socialisation, elles sont réputées difficiles à changer par la suite. Selon une opinion majoritaire parmi les observateurs, confirmée par des sondages d’opinion, les Allemands de l’Est tiennent particulièrement aux valeurs de justice sociale, d’égalité et de solidarité, tandis que les Allemands de l’Ouest privilégient la liberté individuelle et les possibilités de différentiation sociale. Une explication radicale de ces différences attribue aux Allemands de l’Est une construction essentialiste de l’identité de l’individu en tant que membre d’une communauté, construction héritée du 19e siècle (via le marxisme et le national-socialisme ?) qui serait peu compatible avec la démocratie occidentale et l’Etat de droit, car elle refuserait les différences d’intérêt entre les membres de la société ainsi que la pluralité des opinions et des projets de vie qui justifient ces institutions[22]. On peut se demander si une telle mentalité de subordination de l’individu à la société, à supposer qu’elle existe toujours, ne stimule pas justement l’intégration des Allemands de l’Est, en supprimant la résistance aux nouvelles normes sociales. En revanche, il est évident que des idées différentes au sujet d’une société souhaitable ont des répercussions sur la sémantique des mots comme « justice », « égalité », « liberté » et qu’elles entraînent ainsi auprès des Allemands de l’Est des attentes que la société occidentale doit décevoir, ce qui est finalement un autre problème de communication. Mais sont-elles aussi un obstacle insurmontable à l’intégration, empêchent-elles l’apprentissage d’un comportement adapté à cette société ? Il est assez probable qu’elles freinent l’assimilation de ceux qui étaient particulièrement exposés aux valeurs aujourd’hui typiquement est-allemandes, la socialisation ayant été variable pour les individus, par exemple, en fonction de l’histoire familiale et malgré l’homogénéité de l’éducation idéologique. Certains comportements comme le marchandage, voire tout enrichissement par une activité commerciale, la recherche du gain aux dépens des autres, les placements spéculatifs, les montages financiers en vue d’avantages fiscaux, l’exploitation de failles dans la législation, etc., mais aussi des loisirs chers et exclusifs, l’excentricité, la célébration de sa propre personne, l’étalage de richesse peuvent être simplement « cool » ou, au contraire, immoraux et exhibitionnistes. Certes, il ne s’agit pas de comportements obligatoires dans l’Allemagne d’aujourd’hui, mais leur exclusion limite les possibilités et les motivations de la réussite sociale. Cependant, elle ne signifie pas forcément une marginalisation économique. L’assimilation des personnes concernées restera probablement assez incomplète et passera peut-être par une « coupure » entre le monde des valeurs et celui des comportements économiques, selon le principe conceptualisé par Roger Bastide[23]. La société idéale et les normes qui en découlent seraient alors « mises en veilleuse » lors des activités simplement alimentaires dans la société réelle. Les valeurs pourraient survivre et demeurer opérationnelles dans d’autres domaines, par exemple, en ce qui concerne la participation politique. La question des différences dans les valeurs acquises au cours de la socialisation resterait ainsi d’actualité, comme celle du souvenir, au moins aussi longtemps que leurs porteurs sont en vie.      

                        

      

3.  Bilan et perspectives 

 

 

Des bilans intermédiaires des transformations de la société est-allemande paraissent régulièrement depuis le milieu des années 90. Aujourd’hui, certains auteurs considèrent que « l’unification culturelle » de l’Allemagne est terminée avec succès : les Allemands de l’Est ont acquis le répertoire des comportements importants qui sont adaptés à la vie dans une société de consommation, capitaliste, postmoderne, néolibérale et en voie de mondialisation[24]. En effet, la plupart des Allemands de l’Est acceptent les bases du nouveau modèle de société, ils approuvent la démocratie, ils participent dans ou communiquent avec les institutions, ils considèrent les libertés personnelles et la recherche du bien-être matériel comme des éléments qui donnent du sens à leur propre existence, ils s’énervent de ne pas trouver de place sur le parking de l’agence pour l’emploi. Ils ont appris à se servir aussi bien que leurs compatriotes des moyens sophistiqués de communication et de mobilité, leurs loisirs se rapprochent de ceux des autres Allemands. « En une phrase : les Allemands de l’Est sont arrivés dans la réalité de la République fédérale »[25]. Tout en restant sur place (pour ce qui est de la majorité), les habitants de l’ex-RDA ont donc fait leur migration et se sont intégrés dans le pays d’accueil, celui qu’ils avaient choisi en 1990, perdant au passage quelques illusions et gagnant de l’expérience, entre autres choses. Un retour dans le pays d’origine est exclu, étant donné que ce dernier n’existe plus. De toute façon, la grande majorité des Allemands de l’Est ne retournerait pas en RDA, même si elle existait.

Est-ce que l’on peut parler d’assimilation quand on regarde les résultats plutôt que le processus ? Rien n’est moins sûr, car, vus en tant que groupe, les Allemands de l’Est continuent à se distinguer de façon significative de leurs compatriotes : il semble qu’ils accordent moins de confiance aux partis, au gouvernement, aux tribunaux et à la police, qu’ils sont moins satisfaits du fonctionnement de la démocratie, qu’ils ne considèrent pas l’économie de marché comme efficace (bien qu’ils la préfèrent à l’économie planifiée), contrairement aux Allemands de l’Ouest[26]. La participation politique des habitants de l’ex-RDA est globalement moindre, l’abstentionnisme aux élections est plus élevé. Ils adressent d’autres demandes au système politique, réclament plus de justice sociale, plus de stabilité, plus de contrôle étatique sur les acteurs économiques que leurs compatriotes[27], et ce n’est pas un hasard si le parti postcommuniste PDS qui se fait porte-parole de ces demandes, reste incontournable à l’Est, sans arriver à jouer un rôle notable à l’Ouest. Ces différences sont probablement aussi bien les conséquences d’une socialisation différente dans les deux anciens Etats que celles de l’expérience de la transformation par transfert des institutions.

Une autre question est de savoir si les Allemands de l’Est se considèrent eux-mêmes comme un groupe, s’il existe une quelconque communauté distincte, s’ils ont le sentiment de partager quelque chose de fondamental qui les différencie des habitants des anciens Länder au-delà de la géographie. Selon l’avis majoritaire des observateurs, une telle communauté ne s’est formée qu’après la disparition de la RDA, par l’interaction entre les expériences est-allemandes de changement de système et les réactions de moins en moins enthousiastes des Allemands de l’Ouest à l’intrusion des « frères et sœurs » dans leur société. Même si l’on suppose que les habitants de la RDA partageaient déjà le sentiment d’appartenir à une communauté avant 1989, ce qui est tout à fait probable, ce sentiment s’est nettement précisé depuis. Dans cette perspective, c’est donc par l’acculturation que les Allemands de l’Est ont acquis l’identité que l’assimilation peut leur faire perdre. Cette identité, construite sans promotion particulière de la part des institutions et niée par le discours des gouvernants fédéraux, présente de multiples facettes. Elle est notamment valorisante : par rapport à leurs compatriotes, les Allemands de l’Est se décrivent comme solidaires, altruistes et honnêtes, dotés d’un sens moral plus développé. En même temps, beaucoup d’entre eux se sentent « citoyens de deuxième classe », alors qu’ils croyaient être et veulent toujours devenir des Allemands comme les autres, ce qui est assurément un aspect frustrant et reflète le caractère provisoire de leur identité.

Les pratiques culturelles spécifiques à considérer dans ce contexte ont nécessairement des significations diverses, en partie contradictoires. Qu’il s’agisse de certains emplois lexicaux « périmés », de styles de communication typiques, de la consommation des médias est-allemands, de la fréquentation des lieux du souvenir, des trajets berlinois quotidiens « comme si le mur existait toujours »[28], d’un comportement politique particulier, de la rareté de mariages mixtes interallemands ou des choix artistiques différents, on peut y voir un maintien inconscient ou conscient, voire ostentatoire, de pratiques anciennes dotées ou non de significations nouvelles ou encore l’apparition de nouveaux comportements. Le cas des pratiques « ostalgiques »[29] est éloquent à cet égard : quelques années après la disparition de la RDA, d’anciennes marques des produits de consommation courante à forte « valeur conviviale », comme le café, les cigarettes, les sucreries, reviennent à la mode en Allemagne de l’Est, promues par un marketing identitaire ; on organise des soirées spéciales RDA, les « best of » des anciennes vedettes connaissent des succès certains, les téléspectateurs plébiscitent des séries que l’on croyait définitivement enterrées dans les archives, des symboles de l’ancien régime s’affichent. S’agit-il d’une nostalgie ingrate, inutile, voire dangereuse qui crée des refuges dans un passé mythique, tout en empêchant ses adeptes de trouver leur place dans le présent et de regarder en avant ? Ce n’est pas la seule interprétation possible. La récupération commerciale des symboles de la RDA est aussi un pas vers la normalité. Il est vrai que l’Ostalgie contient une part de subversion, car elle signifie un refus très partiel, mais conscient du métadiscours occidental et des bienfaits que la société ouest-allemande prétendait apporter. Certes, elle crée un espace symbolique réservé aux Allemands de l’Est en restaurant des repères plus ou moins incompréhensibles pour les autres. Or, elle construit également les bases d’une intégration plus complète : elle propose la confrontation détendue et ludique avec le passé est-allemand, un regard neuf sur ce passé à la lumière des expériences collectives de naufrage, de survie et d’un nouveau départ, elle illustre la volonté des Allemands de l’Est de retrouver une reconnaissance de leur valeur, ne serait-ce qu’en affirmant un monopole de narration de leur propre histoire. Enfin, en disant que tout n’était pas mauvais dans leur vie antérieure, les habitants de l’ex-RDA posent en quelque sorte leurs valises, ils arrivent dans la réalité de la RFA (pour reprendre la formule consacrée), mais ils n’arrivent pas les mains vides. Voilà ce qui laisse présager qu’une assimilation des Allemands de l’Est ne sera jamais totale ou que la société allemande entière gardera quelques marques de l’acculturation interallemande. Du point de vue théorique, un tel résultat sortirait le processus en cours de la définition de l’assimilation. 

Pour une grande partie de la population est-allemande, l’assimilation est donc loin d’être complète, des particularités culturelles persistent. Même en dehors d’une promotion politique et institutionnelle, ces particularités sont susceptibles de durer : la plupart des Allemands de l’Est continuent à vivre de façon compacte dans leurs régions natales, ils ont pris conscience de leur propre histoire, de leurs qualités, et ils se trouvent confrontés au regard des Allemands de l’Ouest qui, eux, refusent l’identification et ne seront peut-être pas prêts à transférer éternellement des ressources vers l’Est. En raison de la distribution inégale des richesses et suite à la désindustrialisation de l’ex-RDA, les positions distinctes dans l’hiérarchie sociale de la RFA ont de fortes chances de se reproduire encore pour un certain temps, fixant des valeurs différentes et rendant typiquement est-allemands des intérêts socio-économiques, probablement même au-delà de la durée de vie des générations actuelles. Le développement du propre potentiel de cette partie de l’Allemagne et l’intégration de ses habitants à une société allemande unifiée ne sont pas deux processus bien différents. Une telle évolution rattraperait alors le changement de système par la méthode du transfert. Cette transition reste à faire.        

        

 

 



[1] Sélim Abou, L’identité culturelle, Editions Anthropos, Paris, 1981, p.59, qui se réfère aux travaux de Roger Bastide, cf. à ce sujet également Melville J. Herskovits, Acculturation, The Study of Culture Contact, J.F. Augustin, New York, 1938  

 

[2] Le vocable « assimilation » a déjà été employé pour désigner les efforts d’adaptation des Allemands de l’Est aux nouveaux contextes sociaux, par exemple, par Dietrich Mühlberg, Schwierigkeiten kultureller Assimilation, Aus Politik und Zeitgeschichte, B 17/2002, p.3-12. A propos de l’Allemagne et des pays de l’Est, le concept a été appliqué, par exemple, aux immigrants polonais en RFA, aux habitants des zones frontalières et des anciennes enclaves, aux « Allemands de la Volga », aux minorités ethniques du Grand Nord russe et à l’ancienne population juive en Europe centrale et orientale.    

 

[3] cf. le chapitre „La Transition“ dans : Guy Renaud, L’unification de l’Allemagne, ellipses, Paris, 2000, p.91-110

 

[4] Rolf Reißig, Ostdeutsche Transformation und deutsche Vereinigung – ein gelungenes, ein gescheitertes oder ein unvollendetes Projekt?, Brandenburger-Berliner Institut für Sozialwissenschaftliche Studien, 2000, www.biss-online.de

 

[5] Rüdiger Pohl, Ostdeutschland im 12. Jahr nach der Vereinigung, Eine Bilanz der wirtschaftlichen Transformation, Aus Politik und Zeitgeschichte, B 37-38/2002, p.30-38

 

[6] Le taux de chômage à l’Est est environ deux fois plus élevé que celui de l’Allemagne de l’Ouest. Un Allemand de l’Est sur deux (parmi les personnes âgées entre 18 et 60 ans) s’est déjà trouvé au chômage à un moment donné. Cf. Detlef Pollack, Wirtschaftlicher, sozialer und mentaler Wandel in Ostdeutschland, Aus Politik und Zeitgeschichte, B 40/2000, p.13-21     

 

[7]L’apparition massive du chômage en Allemagne de l’Est au début des années 90 a été mise en relation avec la méthode du « transfert » : le transfert des institutions économiques de l’Ouest vers l’Est ouvrait le marché est-allemand aux entreprises de l’Ouest et mettait les entreprises de l’ex-RDA dans un contexte dans lequel ils ne pouvaient plus fonctionner, cf., par exemple, Michael Dunford, Differential Development, Institutions, Modes of Regulation and Comparative Transitions to Capitalism, in : John Pickles, Adrian Smith, Theorising Transition, Routledge, Londres, 1998, p. 99-111.

 

[8] Thomas Ahbe, Hammer, Zirkel, Kaffeekranz – Ostalgie als Methode, Berliner Zeitung du 5 février 2000

 

[9]Rolf Reißig, op.cit. , v. également Wilhelm Bürklin, Hilde Rebensdorf et al., Eliten in Deutschland, Leske&Budrich Verlag, Opladen, 1997

 

[10] Fritz Vilmar, Gislaine Guittard, La face cachée de l’unification allemande, Editions de l’Atelier, Paris, 1999.

 

[11] Les deux Etats s’étaient d’ailleurs longtemps déclarés favorable à l’union nationale, chacun accusant l’autre d’avoir entériné la division du pays, cf. l’hymne national de la RDA se terminant par « Deutschland einig Vaterland » (Allemagne, patrie unie), repris sous forme de slogan électoral par les partis conservateurs en 1990.

 

[12] C’est moins vrai pour la relation au corps. Les façons de s’habiller et de se déshabiller (à la plage, par exemple), les pratiques d’entretien de la santé et de la beauté diffèrent et elles ont évidemment des significations sociales. La réglementation en ce qui concerne l’interruption de grossesse est plus stricte qu’elle ne l’était en RDA.

 

[13] Dietrich Mühlberg, Schwierigkeiten kultureller Assimilation, op.cit., p.8-11

 

[14] Cf. Olaf Georg Klein, Ihr könnt uns einfach nicht verstehen – Warum Ost- und Westdeutsche aneinander vorbeireden, Francfort, 2001 

 

[15] Wolf Wagner, Hendrik Berth, Kulturschock Deutschland : Empirische Betrachtungen, Technische Universität Dresden, http://rcswww.urz.tu-dresden.de

 

[16] Olaf Georg Klein, Warum Ost- und Westdeutsche aneinander vorbeireden…, Aus Politik und Zeitgeschichte, B 37-38/2002, p.4

 

[17] Cf. Wolf Wagner, Hendrik Berth, op. cit.

 

[18] A titre d’exemples : la part des Allemands de l’Est dans les rédactions des journaux nationaux est extrêmement faible, et les chaînes nationales montrent plus souvent des chiens que des Allemands de l’Est, tout ce qui a trait à l’ex-RDA faisant chuter l’audimat, cf. Dietrich Mühlberg, Beobachtete Tendenzen zur Ausbildung einer ostdeutschen Teilkultur, Aus Politik und Zeitgeschichte, B 11/2001, p.30-38

 

[19] La littérature allemande contemporaine reflète ce « choc des civilisations », ainsi, la narratrice du roman NeuLand de Luise Endlich (transit Buchverlag, 1999), « expatriée » ouest-allemande dans un des nouveaux Länder, est indignée par le langage défaillant des autochtones, tout comme par leur manque de style dans les autres domaines de la vie.

                Les pratiques linguistiques observées en RDA (avant 1990) sont désormais considérées comme déviantes : la communication quotidienne se faisait dans « une espèce de jargon », les néologismes administratifs étaient « absurdes » et les abréviations relevaient de la « folie furieuse », cf. Jörg Jacob, Ein Lexikon über das andere Land, (recension du dictionnaire Lexikon des DDR-Alltags de Stefan Sommer, Verlag Schwarzkopf & Schwarzkopf, Berlin, 2000), sur le site internet de Das Parlament, www.bundestag.de/cgi-bin/druck.pl?N=parlament

 

[20] Pour les notions de sécurité/insécurité linguistique cf., par exemple, Louis-Jean Calvet, La sociolinguistique, Que sais-je ? , Presses Universitaires de France, Paris, 1993, p.49-52

 

[21] Cf. le culte quelque peu cynique autour d’une querelle de voisinage, par exemple sur www.raab-fans.de, mot-clé « Maschendrahtzaun ».  

 

[22] Albrecht Göschel, Kontrast und Parallele – kulturelle und politische Identitätsbildungen ostdeutscher Generationen, Stuttgart, 1999, cité par Dietrich Mühlberg, Beobachtete Tendenzen …, op. cit., p.32

 

[23] Roger Bastide, Le principe de coupure et le comportement afro-brésilien, Anais do XXXL Congresso Internacional de Americanistas, Sao Paulo (1954), Anhembi, Sao Paulo, 1955, vol.1, p. 493-503

 

[24] Laurence McFalls, Die kulturelle Vereinigung Deutschlands, Aus Politik und Zeitgeschichte, B 11/2001, p.23-29, et Laurence McFalls, Eastern Germany Transformed, German Politics and Society, tome 21 (1999)

 

[25] Detlef Pollack, op. cit., p. 14, “Mit einem Satz, die Ostdeutschen sind in der bundesrepublikanischen Wirklichkeit angekommen, sie akzeptieren sie und wollen keine andere Republik.“

 

[26] ibid., p. 16-17

 

[27] Thomas Ahbe, Monika Gibas, Der Osten in der Berliner Republik, Aus Politik und Zeitgeschichte, B 1-2/2001, p.15-22

 

[28] cf. Wolfgang Kaschuba, Les Allemands, des étrangers les uns pour les autres, in : Daniel Fabre (sous la dir.), L’Europe entre Cultures et Nations, Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1996, p. 269-282

 

[29] Pour une interprétation des pratiques « ostalgiques », cf. Thomas Ahbe, Ostalgie als Laienpraxis, Berliner Debatte INITIAL, 3/1999