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N° spécial sur l’Europe postcommuniste  - REVUE n°3 - Janvier 2004 Article N° 9

Les changements en Allemagne de l’Est depuis douze ans : Débats et défis actuels

La situation dans les nouveaux Länder allemands peut avec peine être décrite de manière uniforme, tant sont fortes les disparités régionales de l’ex-République démocratique allemande (RDA) : la Thuringe, la Saxe-Anhalt et l’Ouest du Brandebourg qui ont vu se renverser leur position frontalière, que le mur rendait hermétique, deviennent des voies de passage qui dès le début de la réunification ont profité de la mobilité pendulaire pour les plus dynamiques. Le Mecklembourg et la Poméranie, aux marges orientales, ont vu leurs relations avec la Pologne et les anciens pays du COMECON se distendre, souffrir des désinvestissements industriels puis de l’entrée des nouveaux venus dans l’ U.E. (Union Européenne). Après la victoire de Gerhard SCHRÖDER à la chancellerie un journaliste , titrait « Pour en finir avec l’Allemagne », afin de détruire quelques clichés, préjugés et erreurs (complexes de la part des Français, sous-estimant et surestimant à la fois les capacités de leur plus grand partenaire et voisin). Ce présent article n’a pas la prétention d’actualiser l’ouvrage, mais vise à donner quelques références empiriques et théoriques douze ans après l’unification, afin d’apporter quelques impressions de voyage et de prendre du recul face à l’actualité. Il ne s’agit pas d’une vue d’ensemble de l’Allemagne, ni d’une comparaison avec les autres ex-démocraties populaires, mais, (en abordant quelques points d’économie, de politique et de culture) sous un angle sociologique, de focaliser le regard sur les réformes en cours afin de noter sur la toile quelques références  pouvant servir à d’autres recherches sur l’ex-RDA.

  1. Les enjeux de la situation économique

 

Aux premiers mois de l'économie de marché, beaucoup de travailleurs ont perdu leur emploi et vécu de petits boulots ; bien des petites entreprises ont dû fermer. Ce qui domine comme impression, c’est l’extrême rapidité du changement: le terme de Gleichschaltung, mot connoté par le souvenir nazi, a été parfois utilisé pour traduire cette mise au pas, politique, administrative et juridique. Il a fallu en quelques mois s’aligner sur le modèle rhénan pour sortir des habitudes de l’économie planifiée (Kommando-Wirtschaft ) ; le plan a fait place au marché et les orientations des acteurs prennent place dans un nouveau système social . On comprend que le travail de la THA (Treuhandanstalt), la société fiduciaire chargée de privatiser quelques milliers d’entreprises d’Etat ne soit pas sans critiques fondées.

La transition a été dure. L'instauration de la TVA, l’augmentation des loyers, des tarifs du gaz et de l'électricité, ont renchéri le coût de la vie en général ; ce fut  le prix à payer pour mettre le pays aux normes de l'Union Européenne, ce qu'ont permis les réformes successives; même si cette instauration du capitalisme (la victoire et la fin du capitalisme rhénan avec l’ouverture sur la mondialisation ) a induit une Allemagne à plusieurs vitesses. Les perdants ne se rendaient pas compte des effets de la concurrence et des règles du capitalisme ni de l’importance de la publicité. Le boom dans le bâtiment et la spéculation foncière ont aussi entraîné bien des faillites, jusque dans les petites entreprises de sous-traitance, (peinture ou construction). Si politiquement cela s’était passé sans trop de heurts, les résistances psychologiques ont été nombreuses et la lutte d’influence idéologique n’est pas absente, qui se sont nourrit des erreurs de la THA. Il reste que l’Allemagne reste divisée par l’ancienne frontière de la guerre froide, en ce qui concerne la différence de revenus, les mentalités et la précarité que le récent conflit syndical des métallos a mis en lumière

La dernière crise du syndicat d’IG Metall, est à ce propos très significative ; son échec vient sans doute autant de sa mauvaise évaluation du rapport de forces et des conditions économiques, que de la conjoncture. La grève a été peu comprise par la population de l’Est qui a vu une querelle de principe pour les 35 heures de la part d’une partie ‘privilégiée’ des salariés qui ont un emploi alors qu’il y a des zones ou près d’une personne active sur quatre est au chômage. Bien des ‘Ossies’ ne sont pas prêts à perdre leur emploi dans des régions où le taux de chômage est supérieur à 10 % de la population active, et beaucoup se résignent à accepter des réformes profondes. Par ailleurs  « …, l'industrie automobile, qui s'estime prise en otage par un syndicat plus motivé par ses luttes internes que par le sort de la classe ouvrière, parle de réduire la portée de ses futurs investissements. Avec un intérêt renouvelé, elle regarde à l'Est, mais cette fois de l'autre côté de la frontière, vers la Slovaquie toute proche qui sera bientôt membre de l'Union européenne. Là-bas, la semaine de travail est de 42,5 heures et le salaire horaire moyen de l'industrie métallurgique de 3,03 euros, contre 11,32 euros en Allemagne de l'Est. »
Le premier opérateur de télécoms européen, Deutsche Telekom, était dans une situation catastrophique, avec des pertes et un endettement considérables ; K Ricke, son  président arrivé à l'automne 2002 a opéré une restructuration considérable, par des cessions d'actifs, par la réduction des coûts et des investissements. Deutsche Telekom (encore détenu à 43 % par l'Etat allemand) prévoit la suppression de 50 000 emplois (20 % de ses effectifs) d'ici fin 2005. Les privatisations ne vont pas sans certaines bavures, comme dans le cas des chemins de fer où une politique de régionalisation et de privatisation, comme la multiplication des tarifs ont fait fuir la clientèle et cela montre que la question des indemnités de licenciement et la responsabilité de certains responsables (patron ou haut fonctionnaire) en cas d’échec, se pose dans des termes assez semblables dans les divers pays européens.
Le secteur du bâtiment n’est pas davantage exempt de turbulences, ni de spéculations et de faillites, comme à Leipzig ou à Dresde. Beaucoup de petites entreprises de détail sont sur la corde raide, dans un marché du travail très segmenté . La réforme des caisses de chômage devrait entraîner un rapprochement des agences de l’emploi et être plus rigoureuse. Le « salaire combiné » (Kombilohn), destiné à faciliter la création de petits emplois  jusqu’à 630 DM ( 325 €) pour moins de 15 heures hebdomadaires est désormais assujetti aux assurances retraite et maladie . Le travail du samedi, pour bien des artisans n’est pas une habitude, mais bien des artisans qui sont désormais à leur compte souhaitent travailler en week-end si bien que dans le Brandebourg des affiches publicitaires du Land vantaient le mérite de passer du temps en famille. Mais il est difficile de tenir une analyse par secteur et vain de porter un jugement global. Günter Grass explique son travail d’enquête à la suite de son entretien avec Pierre BOURDIEU : « cela m’a mis au défi de comparer la situation d’exclusion en France et celle de l’Allemagne mais avec une autre méthode, … cela montre la difficulté des études sociologiques ». « J’ai affaire à des gens qui n’écrivent pas l’histoire mais qui la subissent – il faut être la voix des sans – voix ». Le mot aliénation n’existe plus mais la solidarité, est un mot qui doit être reconstruit (Nebenkonzept) ». Les personnes d’un certain âge comptent encore en DDR Marks, ont dû s’exercer au Deutsche Mark’ et ne raisonnent pas encore en Euro, elles n’utilisent pas de chéquiers, ni les distributeurs de billets alors que les jeunes jonglent avec les portables (ordinateurs – laptop - ou téléphones - handy). La progression de l’utilisation d’Internet (bientôt la généralisation de l’ADSL) est considérable (de 1999 à mars 2000 la FAZ signalait une augmentation de près de 3 millions d’utilisateurs (de 16 à 21 % de la population – estimation à 20 millions en 2000 – p 354) et 48 millions d’abonnés à la téléphonie mobile) . Le réseau des routes et autoroutes est des plus modernes et drastique le système de contrôle des véhicules ; l’interdiction de vendre de l’essence avec plomb et la fin des chaudières au lignite rend l’air plus respirable. Mais la vie est devenue plus incertaine, plus compliquée surtout pour les anciennes générations : les plus meurtris par la transition restent les étrangers, les agriculteurs et les retraités . La réforme du système de santé et la législation foncière en sont deux exemples.

  La réforme foncière :
La décennie passée n’a pas résolu un certain nombre de problèmes tenant au lourd héritage des législations foncières, contradictoires au cours des cinquante dernières années; l'Etat ne peut restaurer dans leurs droits tous ceux qui ont été expropriés de force; pas plus qu’il ne peut rendre vains les efforts de ceux qui voulaient "abolir le monopole de la terre", en ne tenant compte que de sa fonction d'outil de production ; le marché ne peut réguler seul l'opposition entre ceux qui ont le pouvoir d'acquérir le foncier et ceux qui désirent travailler la terre pour en vivre . Pour les anciens agriculteurs spécialisés des LPG et des fermes d’Etat qui n’ont pu faire valoir leurs droits de propriété sur des terres de surface suffisante, pour les salariés des grandes entreprises, comme pour les personnes qui avaient pu accéder à un logement au cours des dernières années de la RDA les frustrations sont grandes. Divers projets ont suscité de nombreuses polémiques – projet « Waigel », « Gattermann » puis les débats au parlement et les décisions du Tribunal constitutionnel sur les indemnisations – restitutions. .
Comme pour la réforme foncière, les restitutions de biens immobiliers (2 millions de demandes par les héritiers) créent bien des conflits et biens des litiges juridiques (entre autres pour les restitutions des biens des Juifs) ne sont pas encore résolus. Mais les façades des appartements sont en bien meilleur état et les maisons sont mieux entretenues. Comment les mouvements sociaux peuvent –ils modifier la volonté de réforme du gouvernement inscrit dans l‘agenda 2010’ ?  - le système de santé est  un des axes de la réforme.

Les réformes sur la santé en cours
« Après quatre semaines de négociations, sociaux-démocrates et conservateurs ont signé un accord historique qui devrait entraîner un profond bouleversement de l'assurance maladie et de la couverture sociale… Le plan prévoit 9,9 milliards d'euros d'économies l'année prochaine et, d'ici à 2007, quelque 23 milliards. » L’objectif est de moderniser l’Etat-Providence: « plus d’Etat mais autrement » en appelant à une nouvelle solidarité, à l’idée d’un patriotisme social, mais sans doute cela signifie aussi un changement de l’économie sociale de marché . La réforme du système de santé, dont le chancelier a fait l'une de ses priorités a déjà été tentée à de nombreuses reprises le Ministre BLÜM s’était efforcé de limiter le nombre et les dépenses des médecins, avait instauré un ticket modérateur… M. SEEHOFER s’oriente, mais sous la pression de l’alliance 90 et des verts (Bundnis90), vers une certaine simplification, privatisation et mise en concurrence des caisses : près de mille caisses autonomes, de huit types distincts, et des associations organisées en réseaux, qui ont plus de pouvoir qu’en France pour déterminer le taux de remboursement mais qui entrent désormais en concurrence. Le retard de l’âge de la retraite est en débat (de 65 à 67 ans avec 45 années de cotisation) ; sont en vue aussi une réduction sinon suppression de l’indemnité pour obsèques, l’acupuncture et les prothèses dentaires. Il faudrait aussi augmenter des opérations en milieu ambulatoire (moins coûteuses), mais le débat sur l’aide aux femmes enceintes désireuses d’avorter (avec la législation différente entre le modèle ouest allemand et la solution de l’est - pour les quelques 130.000 avortements qui ont lieu chaque années) montre que l’harmonisation entre Länder n’est pas facile, tant sont différentes les habitudes des patients . Comment harmoniser ‘par en haut sans expliquer au patients pourquoi les visites chez le médecins sont trois fois plus fréquentes que chez les Suédois ou deux fois plus que chez les Néerlandais le nombre des radios – les comparaisons par Land sont encore peu fréquentes : devraient-elles, par souci pédagogique, être expliquées à l’école ?
Il est donc prévu un gros effort pour contrôler les frais de l’assurance maladie obligatoire (GKV) et la mise en place de la troisième étape de la réforme (GKV-GRG 2000) (62% du budget va au service de la dette et aux dépenses sociales) ; c’est le système de protection sociale mis en place par Bismarck qui est revu (la réduction d’horaire des fonctionnaires se ferait par une baisse de 12% des salaires ; malgré l'opposition de la gauche du SPD et des syndicats). Est-ce la fin de ce«lien indissoluble entre solidarité et propriété que nous retrouvons dans la sécurité sociale de type Beveridge…, en quelque sorte la solidarité au service de la propriété. Sur la base du plein emploi assuré par une politique économique de type keynésien chacun doit pouvoir faire œuvre de prévoyance, individuellement ou dans le cadre de son entreprise ; … des prestations forfaitaires alimentées par une contribution, elle-même forfaitaire, garantissent à tous un revenu minimum pour faire face à la vieillesse et aux aléas du chômage, de la maladie et de l’invalidité. le service public de sécurité sociale géré par l’administration, sont universelles mais étroitement contributives». Désormais, la logique financière des fonds de pensions et une certaine fiscalisation tentent leur entrée dans la solidarité traditionnelle : il s’agit de chercher à assurer la qualité des soins et, en même temps, casser les structures sclérosées  La réforme des caisses publiques d'assurance-maladie (où sont inscrits 90 % des Allemands mais qui reste très éclatée selon les professions -) subit plus encore qu’ailleurs en Europe les effets démographiques.
Alors que l’espérance de vie des cohortes d’enfants nés en 1991/93 était pour les hommes en moyenne de 72,5 ans et de 79 pour les femmes, elle est estimée respectivement à 74,4 et 80,6 pour les cohortes d’enfants nés en 1997/99 ). La natalité est bien plus faible dans les nouveaux Länder : en Saxe, le taux de naissance (proche de 14 pour mille en 1970 et 1980) n'a qu'à peine dépassé les 5 pour mille et remonter d’à peine un point en 1996 . L’objectif est de faire économiser, dès l'année prochaine, 9,9 milliards d'euros en 2003 et près de 23 milliards d'ici à 2007, par une baisse des coûts (de quelques 142 milliards d'euro) - et des déficits – (près de 3 milliards d'euro en 2002) ;,. Si au-delà de 28 jours l’hospitalisation reste gratuite pour le patient, en deçà les malades auront à prendre en charge 10 € par jour (mais les sociologues de la santé ont du mal à établir des comparaisons entre pays – et même entre Länder ou régions car les habitudes de soins, les manières de soigner une appendicite ou un accouchement divergent en fonction de paramètres qui ne sont pas encore entièrement définis. Par ailleurs il s’agit prochainement de ne plus rembourser les dépenses de médicaments achetées sans ordonnance «  tout est bon pour faire baisser les cotisations maladie, qui représentent aujourd'hui 14,3 % du salaire brut, à 13,6 % dès 2004, pour bientôt les faire passer sous la barre des 13 %. Les cotisations maladies représentent au tournant du millénaire plus de 14% du salaire brut ». Mais la baisse des impôts, de la réorganisation du marché du travail et la réforme des retraites vont bientôt suivre.

Au tournant du siècle l'Allemagne fédérale comptait 82,2 millions d'habitants, (dont 74,8 millions de nationalité allemande, deux millions de personnes ayant la double nationalité et 7,3 millions des immigrés réguliers) . Environ 144.000 enfants naissent chaque année de parents étrangers. La décision de Gerhard Schröder d'accorder plusieurs milliers de visas de travail (30 000,‑ chiffre revu à la baisse, pour occuper ces places hautes ‑(20 000) à des informaticiens d' Inde et d'Europe de l'Est a suscite un grand débat et quelques actes racistes. Le ministère de l’intérieur a publié les chiffres des naturalisations pour 2002 : 154.547 étrangers ; officiellement en 1997 278.662 étrangers ont obtenu la nationalité allemande et en 2000, (année de changement de la loi) 186.688 personnes (mais 33% d’entre eux avaient fait leur demande pendant l’ancienne législation (§ 40b de la loi sur les étrangers) . La droite et l’opposition CDU /CSU ont monté en épingle le débat concernant la réforme du droit des étrangers, spécialement à propos de la décision du tribunal administratif fédéral autorisant le retour en Allemagne du jeune délinquant multirécidiviste Mehmet, expulsé à l’âge de 14 ans . La réforme instaure de nouveaux critères (huit ans d’habitation régulière en Allemagne et une connaissance suffisante de la langue) . Les enfants ou conjoints peuvent être nationalisés après des durées de séjour plus courtes. Pourront-ils être  intégrés par l’école ou diverses associations ?

2. - L’école et la transmission des valeurs.
Les jeunes générations, qui n’ont qu’à peine connu l’ancien régime ne vivent pas de la même manière la période qui se présente à eux. Et leurs aînés n’ont pas la même acception de la 'crise spirituelle' qu’a représenté la Wende, le tournant qui rejoint et se distingue du passage à une société ‘post-matérialiste’ caractérisant autant l’Est que l’Ouest. Le contenu, la forme et les finalités de l’école, sont actuellement l’objet de débat chez les parents d’élèves, l’administration et les enseignants, mais sont aussi l’objet de nombreuses enquêtes de sociologie. 

Une enquête de l'OCDE, - PISA –publiée en décembre 2000, visait à comparer 32 pays de l’UNESCO; elle portait sur 265 000 jeunes âgés de quinze ans et leur posait une série de questions censées évaluer leurs compétences et non leurs connaissances scolaires pour trois disciplines (langue maternelle, mathématiques, ou sciences - (mais pas le savoir-faire éducatifs comme la maîtrise de l’ordinateur ni l’appréciation du climat des établissements ou les valeurs éthiques) ; la position de l’Allemagne était moins bonne qu’attendue et les autorités académiques comme syndicales et politiques ont longuement débattu sur la forme de l’enquête comme sur les causes hypothétiques.
Beaucoup pensent que le système de PISA est utile et qu’il faut le perfectionner, mais que les comparaisons internationales sont très délicates  ; d’autres, qu’il convient de dépasser la mesure des paramètres, en s’interrogeant aussi sur ce que doit transmettre l’institution. Il s’agit d’orienter les questions standard et de permettre aux enseignants de se les approprier ; un autre point concerne les éducateurs soucieux de ce qu’il faut transmettre de manière vivante : plus d’autonomie ou plus de rigueur ? Comment comparer les systèmes qui laissent l’équipe enseignante décider en concertation locale et ceux qui s’en remettent à des programmes nationaux. Le rythme de la semaine de quatre jours ou de la ‘journée continue’ suscite bien des polémiques en Allemagne ; les familles disposent de l’après-midi libre pour choisir le genre de sport ou de musique que feront leurs enfants, (le coût de cette socialisation secondaire’ et le temps que cela demande n’est pas toujours évalué ni les disparités que cela entraîne). Des expériences sur le rythme des lycées français (Alltaggymnasium) ou sur certains types d’enseignement ‘alternatif’ montrent que la comparaison entre pays reste complexe et plus encore la mesure d’une éventuelle performance ( !) pédagogique.
Au moment où les parents d’élèves de Bavière débattent pour savoir s’il ne convient pas d’instaurer une certaine tenue réglementaire pour contrer les effets de la publicité sur les élèves (attentifs aux marques de baskets, soucieux du choix de leur cosmétique ou des marques de sweat), d’autres s’interrogent sur les objectifs de l’enseignement. Déjà certaines firmes d’alimentation ou de sport proposent de faire entrer leur publicité dans les cours de récréation contre l’aide au financement d’ordinateurs ou l’offre de certains logiciels (pas toujours très pédagogiques !) – le combat n’est pas que d’ordre symbolique. « Comment les éducateurs peuvent-ils faire acquérir des connaissances aux jeunes ou les faire s’orienter vers la formation des mille aspects de leur personnalité » ; les médias et l’informatique détrônent l’école comme source majeure d’information ; les effets de la télévision et des téléphones portables, désormais omniprésents dans la vie des jeunes, sont encore mal analysés. L’école est censée apprendre à trouver des informations, à les critiquer et à les mettre en œuvre. Elle tend aussi à jouer un rôle de guide, à rappeler une tradition, à diffuser une culture mais les maîtres réclament d’être formés. » . En ce sens les efforts pour comparer les Länder allemands sont difficiles et la méthode doit être affinée : comment intégrer les différences entre les établissements (en Allemagne 685.000 élèves sur 12,6 millions fréquentent quelques 3.700 établissements privés – dont 42% sont des lycées, 10% des écoles Waldorf  - AFR p 427) ; comment s’interroger sur la spécificité de traitement que demandent des enfants d’émigrants. Par ailleurs les méthodes pédagogiques « entre flexibilité et orientation personnelle mais aussi entre pragmatisme et idéalisme » doivent relever les défis des nouvelles technologies et de la société individualiste. L’incivilité proviendrait d’une ‘anarchie des valeurs’ ? Comment expliquer la tragédie du lycée Gutenberg d’Erfurt  ? Les éléments de pilotage restent des outils précieux tant pour le personnel administratif que pour les syndicats et les associations de parents d’élèves, ils ne renseignent pas sur les diverses moyens de formation à l’écoute de l’autre.

Une discipline particulière qui ne fait pas l’objet de l’enquête PISA suscite également bien des débats et des comparaisons entre les Länder qui dans le système fédéral sont responsables d’une partie de leurs programmes scolaires : le cours de religion, (Religionsunterricht), tantôt jumelé avec un cours de morale ou d’instruction civile, tantôt confondu avec le catéchisme, tantôt associé à un cours de « philosophie pratique » . Les Länder apportent des nuances dans la matière, la décision des enfants et/ou des parents et le recrutement des enseignants; cela révèle le passage à un rythme inégal vers une société « sécularisée et pluriculturelle », qui fait désormais davantage attention à la diversité des croyances (comme de l’agnosticisme) et aux minorités (croyantes de diverses confessions chrétiennes ou musulmanes, agnostiques ou athées). Ainsi en Saxe un enseignement du cours de religion (surtout de la réforme luthérienne mais en fait un certain oecuménisme) est introduit dans toutes les classes de l’enseignement public des collèges (du CM2 à la troisième) ; les enseignants (du service public ou pasteurs rémunérés) choisis ou non par les Eglises donnent un service rémunéré de huit heures de cours par semaine ; ils ont pour cela reçu une formation permanente adéquate .

Enfin un troisième point délicat du système éducatif concerne le système universitaire. La réforme des frais universitaires’, commune à tous les Länder, vise à abaisser les coûts d’un système qui voit la durée des études s’allonger pour une population qui ne cesse de croître. Selon la dernière enquête de l’HIS près des deux tiers des bacheliers souhaitent entrer à l’université (contre 66 % en 1996). Beaucoup n’y entrent qu’après un temps passé dans des entreprises et avec une expérience professionnelle concrète, motivés et sachant ce qu’ils font. On voit la différence avec le système français où plus des trois quarts de chaque tranche d’âge s’inscrit de fait à l’université, mais où l’entrée sélective dans les grandes écoles est la condition indispensable pour accéder à une certaine élite économique ou administrative. Le président de la conférence allemande des recteurs des grandes écoles écrit un «plaidoyer pour une synthèse entre l’apprentissage d’un savoir objectif et de la didactique : qu’est-ce que le système et les enseignants peuvent améliorer ? » mais qui définira « l’objectif prioritaire entre le soutien des élèves les plus faibles, la stimulation des meilleurs ou la sélection pour les grandes écoles » . En fait la jeunesse a changé et s’est diversifiée. Une typologie des jeunes ressort d’une enquête qui a fait la une des journaux (l’enquête Shell) : elle montre une série de profils qui ne peuvent qu’être esquissés ici : entre les ‘jeunes qui se sont faits eux-mêmes’, les ‘passifs’, ‘les individuels pragmatiques’, ou l’élite performante prête à s’engager (politiquement socialement ou dans l’économie).

L’étude Shell révèle les différences entre les deux dernières générations et le passage d’une identité collective à l’affirmation de l’individu ; les changements technologiques et sociopolitiques,… ont fini par remettre en cause tout le système des valeurs fondamentales des individus » . Pour la jeune génération, l’identité individuelle devient de plus en plus importante. La recherche de l’épanouissement personnel passe avant tout, et cela implique un recentrage des priorités sur soi. L’engagement pour le collectif perd du terrain face à la volonté de réalisation de soi (die Selbstverwirklichung). En effet, l’intérêt général des jeunes pour la politique diminue de manière significative, et encore plus à l’Est qu’à l’Ouest, (enquête établie avant le scandale des caisses noires de la CDU/CSU). Depuis dix ans la différence est nette entre les jeunes qui ont connu l’éducation socialiste et ceux qui sont nés dans la ‘société individualiste’ ‘Single-Gesellschaft’ ; mais ils se rejoignent pour correspondre à ce que montre l’IEA ("The International Association for the Evaluation of Educational Achievement) : la plupart des 90 000 jeunes de quatorze ans originaires de 28 pays différents sondés en 1999 sont d’accord pour dire qu’un bon citoyen va voter, respecte les lois, et fait, d’une manière générale, plus confiance aux tribunaux et à la police qu’aux gouvernements ; ils ont une attitude plutôt sceptique vis-à-vis des partis. Une génération matérialiste privilégie les valeurs liées à l’instinct de survie, aux besoins physiologiques, (c’était bien le cas de la RDA) tandis que les valeurs post-matérialistes s’inscrivent dans une logique de réalisation de soi et d’épanouissement personnel. Après un très court passage par la République de Weimar, les aînés ont peu eu l’occasion de vivre les débats démocratiques ; peut on alors parler de perte du lien social ou plutôt d’imprégnation collective imposant des normes plus ou moins superficielles ? Les habitants de l’ex-RDA ont plus longtemps ‘subi’ les effets des ‘religions séculières que furent le fascisme et le communisme’, systèmes qui ont fait l’erreur de croire à la fin de la religion:
 
3. Quelles culture, quelle identité allemandes ?
„Quatre décennies et demies durant, de 1945 à 1990 l’Allemagne n’a pas été une nation. Pendant cette période les questions portant sur l’identité nationale ont été occultées – par crainte des réactions des voisins mais aussi par crainte de soi-même …ou par peur des effets déplorables des idéologies nationalistes» , alors que certains mettent en doute la capacité de l’Etat fédéral à prendre des décisions efficaces, ce que d’aucun appellent la gouvernance (soit pour une modernisation, un contrôle et une prise de décisions) . La question théorique de l’existence d’une culture nationale et le débat pour définir une culture démocratique dans une société ‚post-autoritaire’ ., ne divise pas les seuls universitaires mais aussi les autorités religieuses.

. Les Eglises dans la gestion de la religiosité société :
Les rave parties et les rassemblements chrétiens se font chaque année concurrence dans les medias, mais cette année le Kirchentag (protestant – luthérien) et le Katholikentag (catholique) se passaient en même temps à Berlin, ce qui ne s’était pas vu depuis celui de 1956 avant la détérioration des relations entre l’Eglise et l’Etat . Evêques et pasteurs protestants avaient convié la population, et surtout les jeunes, à ‘fêter la bonne nouvelle du salut’, avaient promis un grand rassemblement festif que le Pape avait béni (zenit.org, mai 03), tout comme le mot d’accueil du Cardinal STERZINSKY, « c’est une fête, soyez les bienvenus »   ou le mot (prémonitoire ?) d’Hans-Jürgen von SCHEWICK, «être un signal fort : … cela nous met sans échappatoire, ni concession, en face de la question de savoir si les murs confessionnels, que nous avons érigés nous garantissent une sécurité illusoire et s’ils ne sont pas plutôt devenus une prison derrière lesquels nous nous retranchons pour ignorer les problèmes fondamentaux de notre société ». Les multiples activités au Centre de congrès international (ICC) – aux temples et dans les églises des paroisses, comme sur la place publique (Brandenburger Tor ou Gendarmermarkt) donnent une idée de la diversité des visages des Eglises ; conférences, groupes de chants,  concerts (gospels, negro-spiritual et jazz). La contestation n’est pas venue cette année des demandes d’ordination de femmes ou de diaconesses pour les catholiques, ni du problème des Centres de conseils pour les femmes qui désirent avorter . C’est par la ‘provocation à un œcuménisme moins timoré et sur ‘l’hospitalité eucharistique’ qu’a été la plus apparente l’opposition entre les clercs et les fidèles (ou entre religion du peuple et religion des intellectuels, pour reprendre une distinction du philosophe marxiste italien Antonio Gramsci). « Nous sommes le peuple », ou « nous sommes l’Eglise d’en bas », affirmaient certains tracts appelant à la désobéissance face à ‘Eglise institution’ (surtout en faveur des couples bi-confessionnels). Ceux qui avaient, quelques années auparavant, tenu tête aux pressions des autorités communistes rappellent la résistance de l’Eglise évangélique au pouvoir de la Stasi dans la Lukaskirche de Leipzig . Mais des Eglises libres ou mouvements charismatiques avaient, du temps du communisme déjà, contesté certains compromis (ou compromissions ?) de l’Eglise luthérienne instituée . Après avoir évoqué les dernières encycliques du Pape ( Dominus Jesus ou Ecclesia de Eucharistia) les autorités catholiques se sont senties obligées de sanctionner. Alors que l’évêque de Mayence suspend le théologien HASENHÜTTL, le cardinal Karl LEHMANN, s’étonne de la prise de position du président de l’Allemagne fédérale, Johannes RAU (un protestant s’étonnant de la rigidité de Rome) et tente d’expliquer la confusion que permettrait l’hospitalité eucharistique, « le pain et le vin ne sont pas que des symboles mais font la communauté chrétienne ».
Au-delà des enjeux et dangers d’une perte d’identité et de leur histoire pour les Eglises confessionnelles (alors que bien des jeunes et des adultes ignorent désormais les divergences sur les sacrements et les ministères), et à l’heure de la désaffection des Eglises, cette perte d’influence des Eglise renvoie à celle de toutes les institutions ; des sociologues éminents s’interrogent sur la perte du lien social ou de la démocratie pour la société toute entière . Le climat serait-il en train de changer ?
« Un sondage (ISSP) montre comment, parmi les jeunes générations, (spécialement pour la plus jeune cohorte née après 1975), ce qui pourrait être appelé ‘doute religieux’ grandit ; ce qui signifie qu’aux questions concernant le fait religieux les réponses sont moins explicitement négatives et montrent plus d’ouverture. Cela malgré tout ne correspond pas à un accroissement de fidèles. Dans beaucoup de cas il s’agirait plus de « religiosité » que religieux. Bien des questions touchant à la transcendance peuvent expliquer la fascination des ado de RDA pour le mouvement ‘gothique’, ses idées (un mélange de romantisme, d’idées de la mort et de symboles anti-chrétiens), combinent les perspectives d’une transcendance et les symboles religieux traditionnels – crucifix avec les croyances provocatrices inversées du christianisme.  Cela pourrait être un moyen de combiner le passé anti-chrétien de la RDA avec l’intérêt croissant pour les symboles religieux et les perspectives (alternatives) du présent».
De toutes autres questions pose le débat sur l’Islam, comme le dit le Ministre de l’intérieur : ces problèmes politiques doivent être traités dans le champ politique. Avec quels musulmans entrer en dialogues ? Les musulmans ou les islamistes sont aussi (au-delà de leurs nuances théologiques – la République ne reconnaît pas de double nationalité) d’abord Kurdes, Turcs, Iraniens ou Arabes, vivant en Allemagne ou citoyens allemands  ; « le politique, pas plus que le religieux ne peut jamais être sacralisé, ils ne peuvent ‘instrumentaliser’ ni les bons sentiments, ni la seule raison d’Etat ». Le dialogue entre les Droits de l’Homme et la souveraineté politique obéit à des règles précises, chacun dans sa sphère et il ne faut pas mélanger les genres. Le brassage des populations peut renforcer le racisme et l’ouverture de l’U.E. à l’est renforce le phénomène. De plus le danger existe de ceux qui veulent voir ressurgir des guerres de religion, là où existent d’abord des difficultés d’intégration ou des différences de revenus. Les immigrés représentent 7,3 millions d’habitants et 9% de la population ; mais les Turcs de Kreuzberg, les Italiens et Yougoslaves des petites villes du Sud ou les immigrés des anciens territoires soviétiques restent inégalement atteints par les attaques des skin-heads. Une partie des ‘étudiants Vietnamiens’, après avoir survécu dans une semi-clandestinité quand le gouvernement Kohl n’a plus reconnu les accords signés par E. Honecker, sont partout bien installés à la frontière tchèque ; d’autres minorités asiatiques s’établissent, profitant du marché de l’électronique. Sur les 80.000 membres de la communauté juive en Allemagne plus de la moitié sont des émigrants de pays de l’ancienne URSS et une partie d’entre eux n’ont pas de culture religieuse, un sentiment d’appartenance juive très ténu, et même une faible connaissance de la langue allemande . Dans ce cas l’hypothèse que le choix du conjoint dépend autant de la variable éducation que de la variable religieuse ou ethnique ne peut être aussi facilement vérifiée. « Comme pour les musulmans, le maintien et la perpétuation de l’identité juive trouvent souvent un point d’ancrage dans les unions et l’éducation des enfants ». L’hostilité à l’égard des mariages exogames dépend aussi de l’âge : ceux-ci sont massivement critiqués et contestés par beaucoup de jeunes femmes interrogées ; alors que « l’union avec une femme non musulmane ou non juive serait mieux tolérée pour les hommes ». Qu’est-ce alors qu’être citoyen allemand ? La « kleine/feine Unterschied » ne signifie plus désormais l’opposition (la petite/ fine différence –entendez enrichissante !) entre les Wessies/Ossies – ; en effet elle s’ouvre désormais sur la diversité des cultures du monde que décline les enfants de l’immigration sur les divers claviers linguistiques, religieux, alimentaires et ethniques. Les débats d’historiens rappelant la folie d’Hitler de vouloir retrouver la pureté de la race arienne, ou le souvenir des conflits pour faire le bonheur du prolétariat, (aliéné par la propagande ou l’idéologie bourgeoise) sont fortement relativisés par le souci de vivre mieux dès aujourd’hui. Lorsque l’on séjourne dans les Zimmer frei de Thuringe ou de Saxe on entend parler de l’époque d’Erich (Erichszeit) avec un mélange de nostalgie et d’affection, dans un tout autre style que le discours (tout aussi stéréotypé parlant de totalitarisme – d’économie commando) des professeurs d’université ou des chefs d’entreprises qui tiennent, pour certains d’entre eux, leur carrière par la mise à l’écart des collègues de l’Est. Que retiendra l’histoire dans encore deux générations ?.

Cette société pluraliste pose la question de l’identité et de la culture ‘allemandes’. Le mouvement en cours montre (folklorise ?) une tendance de fond que la télévision met en scène. Katarina WITT, double championne olympique de patinage artistique de RDA, anime la chaîne RTL qui met en scène l'"ostalgie" avec une série d'émissions sur l’autre Allemagne. Le film Goodbye Lenin, de Wolfgang Becker, retrace la période où, quelques semaines avant la chute du Mur, le 9 novembre 1989, une habitante de Berlin-Est, est frappée d'une attaque cérébrale qui la plonge dans un profond coma. Quand elle se réveille huit mois plus tard, l'Allemagne communiste n'est plus. Pour Christiane KERNER, bonne mère et citoyenne exemplaire depuis que son mari a quitté le pays, le parti et la patrie sont devenus sa véritable patrie (RDA) ; activiste par nécessité, par transfert affectif, puis par conviction elle ne pourrait supporter le choc de la réalité et le film retrace l’impossible retour en arrière de l’histoire Les manifestations d’octobre 1989, la publicité de l’Est où « tout pour le bien du peuple », exposent bien la difficulté d’approvisionnement en blouses pour les femmes un peu fortes,,. Et le film montre que si en RDA, « tout ou presque y est faux, personne ne l'ignore, mais tous font mine d'y croire, car c'est encore ainsi que le système fonctionne le moins mal » En 1999, déjà, le réalisateur Leander HAUSSMANN avait tourné Sonnenallee, une comédie où un adolescent de RDA rêve de devenir une star de la chanson.
Aujourd’hui, sur les marchés aux puces de Berlin, sont mis en ventes les fanions de l'ancienne république et les chemises bleues de la FDJ, l'ancienne Jeunesse communiste.. Plus accessible au lecteur français est la vie à Berlin avant la chute du mur , racontée à travers les lettres que s’échangent deux héros Lika et Matze. Leur camarade de classe vit…  de l’autre côté du mur. L’atmosphère de l’Alexander Platz de l’enfance des grands-pères apparaît, ou la place de Potsdam, avant les bombardements de l’aviation anglaise, le courrier marche mal, parfois est égaré, mais les plaisirs sont simples, même dans l’échange de timbres sans valeur ou dans une baignade sur le Wannsee et le Muggelsee. Aujourd’hui, les plus jeunes ignorent même jusqu’au nom du pionnier activiste Adolf HENNECKE , Stakanoviste d’après guerre, héros du travail représentant l’idéal du mineur dont la société avait besoin.
Douze ans après la chute du mur de Berlin le bilan de ce qui a changé en Europe est considérable : la fin du monde bi-polaire, l’émergence difficile d’une discipline européenne, les rééquilibrages entre les rapports de forces économiques, politiques ou culturelles. Nombreux sont les Etats qui demandent d’entrer dans l’Europe ou dans la CSCE. Le transfert de pouvoir et les formes de transmission des valeurs changent en un temps très court . L'ouverture des frontières et l'orientation des décisions vers la Communauté européenne présentent aussi de nouveaux défis : quels sont les dispositifs qui permettent d'assurer la cohésion sociale ? Cette réflexion articulée autour de l'analyse du lien social et du lien politique doit intégrer une approche de la formation, et l’étude des actions des individus en fonction de leurs convictions, sans privilégier le fait qu’elles soient polémiques ou indifférence, et cela pose une série de difficultés qu’il faut formaliser, lorsqu’il s’agit de formaliser la tolérance et la connaissance de l’autre . Les frontières administratives et politiques, les courants d’échanges et les projets culturels se re-positionnent et modèlent la carte géopolitique de l’Europe. "Cette disparition des frontières en matière d'économie, de société et de culture, … affecte les conditions sur lesquelles repose le système des Etat européens… Ce qui est au centre du débat, c'est la capacité d'intervention de l'Etat national" . (qu’il soit fédéral ou plus centralisé) . Si les responsables politiques se demandent pourquoi et comment ils ont encore la possibilité de contrôler la circulation des marchandises et des capitaux, des hommes et des idées, il revient aux intellectuels de tenter diverses synthèses pour décloisonner leurs disciplines. Peuvent-ils contribuer à ’élaborer une opinion publique européenne pour, à la fois, infléchir les mentalités sans démagogie, dans un forum de discussions ouvert. Dans cette vision optimiste du monde la fin de la guerre froide était plus qu’une étape limitant la partition européenne ; elle annonçait déjà la mondialisation à venir, à construire.

Notes
L'auteur, (maître de conférences à l’université Toulouse 2, Le Mirail) étudie l’Allemagne et travaille au sein du groupe de recherche du CNRS : UPRESA  5045, de Montpellier,  les « Mutations des territoires en Europe".
2  Bernard BRIGOULEX, Gallimard,  1998, pp 10 - 14
3 „Le marché, image mythique ou processus en marche" Allemagne d´aujourd´hui, N° 199,  12 - 1993 et notre article avec F. GERBAUD "La Treuhandanstalt dans la privatisation de l'agriculture est-allemande" Revue d’Etude Comparative Est-Ouest N°1, 1993
4 « De nombreux Allemands travaillent à l’étranger, un mariage sur six est binational, un enfant sur dix naît de parents binationaux» H.Pascale: « Les nouveaux Allemands ». Le Point 16/03/2000
5 Le Monde  28 juin 03
6 Bundesregierung, « Tatsache über Deutschland » (Allemagne, Faits et réalités),  Societätsverlag, juillet 2000,  527 p; ici p 344 et Lebe wohl, alte Bundeskegelbahn, Der Spiegel,  29/12/99 p81
7 Claus OFFE, « Teure Arbeit. Arbeitsmarkt- und Wirtschaftsentwiklung im vereinigten Deutschland., Deutschland im Umbruch, Funkkolleg, Studienbrief 4
8 S. GOUAZE, « Quelle politique de l’emploi en Allemagne ? », Allemagne d’Aujourd’hui, N° 163, pp 39 – 62 ici p 57.
9 cf Le débat avec Pierre BOURDIEU sur Arte, Gunther GRASS, In einem reichen Land et l’actualisation des recherches de sociologues comme DAHN ( Mon siècle) La Maison Heirich HEINE, Cité interuniversitaire. Pierre BOURDIEU (l’inégalité entre la France protégée et la France d’en bas – fin de l’Etat Providence montrée dans son film avec Bruno Delage) ; et le débat en coopération avec Les Amis du Roi des Aulnes / et avec le soutien d’ARTE, Daniela DAHN, Günter GRASS, Gabrielle BALAZS (CNRS) et François ERNENWEIN, « in einem reichen Land » 6 mai 2003, „Wenn und aber. Anstiftungen zum Widerspruch“ (Rowohlt, 2002
10 Bundesregierung, op cit AFR - p 509 
11 Benoît PETIT, « RDA, le maillon manquant », UTM, Toulouse Le Mirail, séminaire sur la transmission 1995
12 Anne DUMASY, «Unification et propriété : les exclus de la restitution », Allemagne d’Aujourd’hui, n°  127/ 1994 et « hobereaux et réforme agraire : exclusion, restitution ou indemnisation ? » idem n°  128 – 1994 pp 84, et IAMO (Halle): www.iamo.de
13 B.PETIT „Grande Allemagne, petits Länder, la souveraineté déplacée ou la fin de la RDA",  in « ROUX, L´Harmattan 1993 et  „La Treuhandanstalt et la BVVG, privatisation dans les nouveaux Länder allemands", Les petites affiches, 1993
14 Gerhard Schröder fait accepter la réforme du système de santé, Le Monde, 22.07.03
15 H-A. WINKLER Stiftungen in Deutschland, Août N° 33 – 34, 18 août, 03, Das Parlament, N° 33 – 34, 18 août, 03
16 Gilles LEROUX, « L’impossible réforme du système de santé, Allemagne d’Aujourd’hui N° 153 – sept 2000, pp 7-25 - ici  p18
17 G. BAGINSKI «L’Eglise catholique et l’avortement », Allemagne d’Aujourd’hui  sept 01, p 157
18 Gesundheit, keine Produkt wie jedes andere“, p 3 – 5  Das Parlament, 11. August, 2003, Jutta HOFFRITZ, et Thomas GERLINGER „Rot-Grüne Gesundheitspolitik 1998-2003“, idem, p 6 -13.
19 Bernard FRIOT, « Puissances du salariat », La dispute, 1998 pp 23 et 31
20 Bureau fédéral de statistiques p 44.  ausgabe03061.pdf „Enquête-Kommission Demographischer Wandel“, Zur Sache 3/2002, Deutscher Bundestag, Finanzierung und Leistung der Alterssicherung – pp. 44 et- 320
21 Freistaat Sachsen, Ministère de la santé,  Materialen zur Landesentwicklung, 4/1997
22 R. MUENZ, "Bevölkerungswachstum trotz historischem Tiefstand bei Geburten", MuB Juli, 2000 p 2
23 Marie Luise BECK, (Bundnis 90 - les verts) estime une fourchette haute, vö, M&B N°8, oct. 1999 p 2.
24 mi juin 2003, "Migration und Bevölkerung" August 03, Internet unter http://www.migration-info.de, Homepage: www.migration-info.de
25 pseudonyme  destiné à protéger l’anonymat d’un mineur, né en Allemagne d’une famille Turque installée en Bavière depuis 1970) ; voir Werner Reutter « Sur la séparation des pouvoirs en Allemagne, La Cour Constitutionnelle dans le système politique allemand », Allemagne aujourd’hui, N° 2002 et Gert-Joachim Glaeßner/Werner Reutter/Charles Jeffery (Hrsg.): Verfassungspolitik und Verfassungswandel in Deutschland und Großbritannien, Opladen: Westdeutscher Verlag 2001
26 Vö  « Einbürgerungszahlen 2002», Migration und Bevolkerung, August, p2 10. koordinierte Bevölkerungssschätzung,(3,2 millions de personnes et 9,1 en 2050, et Aus Politik und Zeitgeschichte B20, 12 Mai 2003 où Herwig BIRG étudie la tendance négative de la croissance démographique en relation avec l’immigration.
27 Luc BRONNER Le Monde, 7 novembre « La France, élève moyen de la classe OCDE » et  LE MONDE 05.12.01
28 « Eduquer, dans un contexte international », Prague 7 août 2003, 49ème rencontre du SIESC
29 « PISA, La France, élève moyen de la classe OCDE ». Luc BRONNER,  Le Monde, 05.12.01
30 Dr Véra BOKOROVA, « Tolérance et éducation dans l’école contemporaine et le concept d’éducation », secrétariat international des Enseignants secondaire catholiques

31 Martin LECHNER, „Jugend 2002 –  Eine Generation von Egotaktikern ? » (Umschau)  St d Z (220) , 12, p 859 et Nobert HAVERS, « Sind deutsche Schulen schlechter ?“ Stimme der Zeit, (St d Z) 4 – 202, p 306 – 314, et B. GROMM „Religions-Unterricht unter der Lupe“, St d Z. (2001)Heft 3 Mars – sur les cours toute la journée mis en place par expérimenté par la ministre de l’éducation, Mme. Edelgard Bulmahn : Frankfurter Allgemeine, 6 octobre 2003 : manque de crédits et oppositions : « Des salles de cours vides »,

32 un jeune de 19 ans voulant tuer son enseignant a abattu 16 de ses camarades avant de retourner son arme contre lui ; Dominik KLENK, « Wenn der Hass wäscht und die Hemmungen schwinden » Quand la haine croît et que les  s’estompent », les coût sociaux de notre société de plaisirs, Come, 1/2002, pp 28 – 31 et  www.yfc.de
33 U. HEMEL : « L’enseignement religieux dans les écoles publiques en Allemagne », Etudes, avril 1989 p 162, Karl E. GROEZINGER, et al. « Religion in der schulischen Bildung und Erziehung (LER – Ethik – Werte und Normen in einer pluralistischen Gesellschaft) », Berlin Verlag, Arno Spitz, 1999; ou Benoît PETIT, Enseigner le fait religieux à l’école laïque en Allemagne : le cas du LER Brandebourgeois Association des professeurs d’histoire et de géographie, ARELC (Association laïcité, citoyenneté) 9 11 02,A paraître, in Bulletin CNDP et Documentation française, automne 2003
34 Helmut HANISCH, Detlef POLLACK, „Religion, ein neues Schulfach“, Eine empirische Untersuchung zum religiösen Unfeld um zur Akzeptanz des Religionsunterrichts aus der Sicht von Schülerinnen und Schülern in den neuen Bundsländern“ Calwer, Evangelische Verlagsanstalt, Leipzig, 1997 les catéchistes ou les pasteurs qui ne donnent pas de cours de catéchisme ni de préparation à la confirmation doivent donner huit heures d’enseignement sur la religion (ChristenlehreReligions Unterricht
35 Kay Nietfeld, München (AFP) Hochschul-Informations-System d’Hannovre financé  par le Ministère fédéral de l’Education
36 Klaus Landfried, « Motivieren statt verarbreichen », Süddeutsche Zeitung, N° 285 11 déc. 2001
37 « Jugend in der DDR und in den neuen Bundesländern, Peter Förster,
ZSE (Zeitschrift f Soziologie der Erziehung und Sozialisation), 2. 1998, pp 69-84
38 „Auf der Couch der nationalen Selbstfindung, Das Parlament,  27/04/2001
39 Steffen Reiche; Das Parlament, 11/05/2001 www.shell-jugend2000.de, «Auf keinen Fall kann es darum gehen, einen nationalen Kanon der Kultur zu kreieren und zu konservieren. »« En aucun cas il ne peut s’agir de créer et conserver un canon de la culture national. »
40 « Politische Kultur in der Zeiten der Konfliktenttarnung », Berli. J Soziolg. Heft 4 2000, s p 517
41 cf B. PETIT Politique scolaire et athéisme en RDA, colloque SISR de Turin ) Religions et générations, juillet 2003 (atelier 1 - Athéisme et générations
42 Cardinal Geog STERZINSKY, « Meilenstein auf dem Weg“ „être un jalon sur le chemin“ ,SonntagsZeitung, N° 21, 24 Mai 03 p I,
43   Ces réflexions apparaissent dans le courrier des lecteurs du Zeit, regroupant des témoignages de toutes les parties du globe. DIE ZEIT 28.05.2003 Nr.23, - Auf der Suche nach dem neuen Feind http://www.zeit.de/1996/50/Politik/print_1996_feind.html et Jan Ross, die Zeit, Mehr Gott wagen, Nr 23 – 28 Mai 03 Die Zeit second hebdomadaire fondé par W. Brandt  tire à quelques 547.000 exemplaires (sur la presse AFR p 512)
44 comme l’allocution du pasteur Erhard EPPLER, « Die Nachbarn, die Mauer und die sozialistischen Werte ». La question des droits de l’homme et de la liberté d’expression ou de rassemblement ou de la redéfinition de ce qu’est le collectif ; des débats sans langue de bois opposent le mathématicien Ludwig MEHLORN , le théologien Edelbert RICHTER , p 136 « Quelles avancées pour le Kirchentag allemand ? : Berlin, 1956 -   2003 » ,( en préparation)
45   en préparation « Les Eglises et le pouvoir communiste en RDA ; ni otages, ni faire valoir ». et B. PETIT, "Socio-ethnographie de groupes charismatiques Berlinois"  in  Allemagne d'aujourd'hui, N° 145, 1998 pp 65 - 74
46 E. Jüngel, „Nur Wahrheit befreit“, Deutsche allg. Sonntagblatt, www.sonntagsblatt.de /artikel/2000/37 et Klaus RIDDERING, « Wetter verteidigt Suspension Hasenhüttls », Münchner Kirchenzeitung, 3. August 03 p 5
47 Kardinal Lehmann reagiert auf Kritik über Hasenhüttls Suspendierung“, BERLIN, 25. Juli 2003 (ZENIT.org).-
48 Wolf LEPENNIES, „Eine Chance für die Kirchen“, Süd Deutsche Zeitung, 24 mai 03 – p 119
49 Monika Wohlrab-Sahr, University of Leipzig, Paper presented at the 27th ISSR-Conference “Religion and Generations” Turin, Italy, July 25th 2003; Le mouvement Goth il y a quelques années a célébré son festival annuel à Leipzig
50 Otto SCHILLY, « Auch die islamische Kultur braucht universelle demokratische Werte“, (la culture islamiste a besoin aussi de valeurs démocratiques universelles).
51 Paul SPIELGEL „Deutschland : Jüdische Immigration und Integration“, Président du Conseil central des Juifs en Allemagne, Deutsch-Russischer Kurier 6/2000, 32,34 & Friburger Rundbrief, 3/2001, 190 - 193
52 Marnia BELHADJ « Choix du conjoint et stratégies matrimoniales … " Revue Européenne des Migrations Internationales, 2003 (19)1 pp. 209
53 Georges Marion « Une vague d'"ostalgie" frappe l'Allemagne »,  Le Monde | 13.08.03
54 Klaus KORDON, « Je t’écris de Berlin, », traduction française, Gallimard 1994, (« Die Flaschenpost », Ravenburger Burgverlag, 1986
55 Adolf Hennecke Karl Liebknecht, http://www.akg.de/ddr/text/152541.htm
56 B.PETIT „Grande Allemagne… », op. cit
57 Voir entre autres BERTRAM Hans, "Die Transformation Ostdeutschlands und ihre Erforschung" Leske Opladen Hrsg. 2001, KSPW
58 HABERMAS Jürgen, "Après l"Etat Nation", Fayard, 1998, (p 131 et 133)
59 alors que les Ministres des pays désireux d’adhérer à l’U.E. se demandent pourquoi on leur demande si vite  de réaliser des réformes que ne peuvent opérer les anciens pays fondateurs

Paul SPIELGEL „Deutschland : Jüdische Immigration und Integration“, Président du Conseil central des Juifs en Allemagne, Deutsch-Russischer Kurier 6/2000, 32,34 & Friburger Rundbrief, 3/2001, 190 - 193  

Marnia BELHADJ « Choix du conjoint et stratégies matrimoniales … " Revue Européenne des Migrations Internationales, 2003 (19)1 pp. 209